Sign up with your email address to be the first to know about new products, VIP offers, blog features & more.

Hachijo Royal Hotel

Direction une petite île du Japon, Hachijō-jima, afin d’explorer un lieu qui nous fait rêver depuis longtemps, le Hachijo Royal Resort, un des plus beaux palaces abandonnés. Si loin et sans information nous indiquant si le lieu est toujours explorable, nous avons pris l’avion depuis Tokyo pour une heure de trajet avec la boule au ventre de ne pas réussir notre expédition. C’est une île en perdition où il n’y a strictement rien à faire, cet échec aurait pu nous faire perdre du temps inutilement sans parler de l’aspect financier mais bon l’urbex c’est ça, c’est l’adrénaline d’échouer ou de réussir. Quand nous avons préparé cette expédition, nous avons cherché par quels moyens nous pourrons nous rendre au palace de l’aéroport. Par internet nous ne trouvons aucune agence de location de voitures ni de vélos, ça va être en totale impro cette histoire. Partir en exploration à pied avec nos valises, on a connu meilleur confort. A bord de l’avion, nous survolons cette magnifique île volcanique, on essaye de voir à travers le hublot si l’on aperçoit le palace, sans succès. A l’atterrissage, on aperçoit alignées plusieurs personnes sur le tarmac saluant notre arrivée. Dans l’aéroport, nous sommes les seuls occidentaux, l’endroit n’est tellement plus touristique qu’il n’y a que des habitants et des pécheurs qui font marcher l’économie ici. De Tokyo, nous avions pris le soin de réserver un hôtel, le Hachijo View Hôtel.

Un taxi nous dépose là-bas, l’endroit sent la naphtaline, la décoration d’un autre temps et la clientèle est composée exclusivement du quatrième âge. De toute évidence, dans quelques années, nous pourrons retourner ici pour le photographier abandonné. Le jeune homme de l’accueil très sympathique nous informe que pour parcourir l’île il faudrait qu’on loue une voiture, vu le peu de temps dont nous disposons, on accepte et il nous invite à patienter le temps que la navette de l’île vienne nous déposer à l’agence de location, tout est bien organisé. Quelques minutes après, une petite navette nous accompagne en direction d’un garage automobile. On loue cette voiturette pour 48 heures, nous devons payer maintenant mais l’homme ne prend pas la carte bleue, il m’invite à me rendre dans l’agence bancaire à pied se trouvant à 500 mètres. Arrivé devant, la porte est close, ça commence bien, je reviens au garage et lui explique ma déconvenue et il rappelle la navette pour qu’il nous accompagne dans un autre guichet bancaire. Nous repartons quelques kilomètres plus loin où cette fois, ma carte bleue n’est pas acceptée, misère. Un peu plus loin, nous nous arrêtons dans un supermarché et là par chance, j’accède à la liquidité, à nous l’aventure.



A bord de notre voiture, lunettes de soleil, musique à fond et fenêtres ouvertes, l’île est désertique, notre volonté de se la péter tombe à l’eau. Le stress est à son paroxysme, va-t-on réussir à explorer ce lieu légendaire. Le GPS nous indique que nous sommes à quelques mètres, on commence à l’apercevoir, on est excité comme des petits puceaux avant d’entrer dans un salon érotique. C’est le moment de savoir si cet investissement n’aura servi à rien. On gare notre voiture discrètement au bord de la plage et nous partons armés de nos trépieds en direction de ce géant désaffecté. On évite l’entrée principale du domaine et nous passons à l’arrière et à ce moment-là, on entend une personne parler au mégaphone, l’aventure aura été de courte durée, en fait il y a plusieurs haut parleurs disposés sur l’île pour prévenir en cas d’alerte tsunami ou d’attaques venant de la Corée du Nord, j’ignore si le message audio est adressé à nous mais dans le doute, nous continuons à nous faufiler à l’intérieur du parc. La végétation dense et les arbres échoués à terre nous évoquent un paysage apocalyptique, c’est sensationnel. Devant l’entrée principale, il y a encore deux véhicules de l’hôtel qui sont stationnés, ce sont les navettes pour récupérer et raccompagner les clients à l’aéroport, tout est resté sur place. Sur la plupart des vitres et sur la porte figure une pancarte interdisant formellement de pénétrer dans l’hôtel, la couverture médiatique internationale récente du lieu a dû engendrer un regain de curiosité malvenu pour le propriétaire du palace. A ce stade, nous ne pouvons pas revenir en arrière même si l’on appréhende de se faire attraper étant donné qu’il y a plusieurs postes de police sur l’île et vu le calme apparent, ça serait enfin l’occasion d’avoir de l’action pour nos ami(e)s policiers. La plupart des fenêtres sont bien verrouillées, nous trouvons une porte qui donne sur le sous-sol et nous pénétrons dans une sorte de débarras. Enfin à l’intérieur, c’est parti pour l’exploration qui semble être la plus grande de notre vie. Abandonné depuis 2006, l’endroit est bien préservé, seuls les dégâts du temps sont visibles, l’humidité et la moisissure squattent le palace. Quel plaisir de voir un tel lieu pourrir sans que l’homme ne gâche sa putréfaction. Nous sommes face à cet escalier en marbre sublime avec des lustres intacts au-dessus. Sur l’une des marches, on trouve une peinture dans un cadre de l’hôtel à son époque luxuriante. La belle époque. Pendant les premières minutes, nous avançons avec une certaine précaution, trop effrayés par l’idée d’être évacués à peine arrivés. Nous décidons de nous concentrer à explorer le rez-de-chaussée où se trouvent le restaurant, le bar, la discothèque, une boutique de souvenirs, la laverie et un spa. Nous photographions le bassin, le hammam, les douches, les vestiaires, il reste même tous les paniers pour mettre ses vêtements, rien n’a été déménagé. Direction le Vénus Garden Restaurant arborant une moquette kitch de mauvais gout que nous immortalisons avant de nous rendre au bar Mykonos, l’espace lounge du palace. Les poufs rouges sont en souffrance au milieu de ce décor en désuétude. Il fait extrêmement froid à l’intérieur, l’humidité présente est frigorifiante. Déjà deux bonnes heures que nous sommes ici et il nous reste environ 80% de l’hôtel à explorer, nous ne sommes pas prêts de sortir. Nous montons l’escalier pour arriver devant cette table de billard donnant sur une magnifique vue de l’océan Pacifique. Le cadre est vraiment exceptionnel. C’est toujours étonnant de découvrir de tels endroits abandonnés dans des cadres splendides. Nous marchons dans le couloir pour photographier les nombreuses chambres à perte de vue, elles sont relativement en bon état et ne présentent aucune trace d’abandon, elles sont miraculeusement préservées de l’humidité et nous pourrons même y dormir ce soir si le courage nous en donne les moyens. Ces pièces sont tellement intactes que nous n’avons pas l’impression d’immortaliser la mort. Pour cela, il faut se rendre au deuxième étage et là nous sommes dans un autre univers. Toutes les chambres sont occupées par mère nature qui a pris ses aises. Du sol au plafond, de la literie à la télévision, tout est recouvert de mousse et d’herbes, c’est juste extraordinaire. Un instant magique. Le graal absolu. C’est typiquement pour ce genre de lieux que nous pratiquons l’Urbex, c’est tellement hors du temps que nous avons l’impression d’être dans une autre dimension. Les tapisseries tombent les unes après les autres et le plafond se détache au fur et à mesure. Nous allons passer à cet étage environ deux heures à immortaliser cela, on a du mal à partir tant on a peur de rater nos prises de vue, ce lieu représente tellement de choses que nous n’avons pas le droit à l’erreur.



Au dernier étage, nous sommes dans une sorte de salle de réception dans laquelle figure encore un piano paisible et silencieux se laissant admirer par les fougères. Des fenêtres nous observons les quelques voitures qui passent devant le palace et qui freinent systématiquement pour admirer ce qui était le symbole de la prospérité de l’île.

Nous sommes morts de fatigue, l’endroit est épuisant et la luminosité commence à se faire rare, le soleil se couche déjà à Hachijō-jima, nous quittons les lieux en décidant de revenir le lendemain matin pour finaliser les prises de vues extérieures.

Soulagés d’avoir immortalisé quelque chose de fantastique et d’unique, nous rentrons à notre hôtel pas encore abandonné. Nous avons extrêmement faim mais il n’y a pas de restauration là où nous sommes, lessivés, nous reprenons la voiture en nous laissant guider vers une pizzeria grâce à mon gps. Sur place, tel un punk à chiens devant une cannette de bière, nous regardons la carte des pizzas avec envie et gourmandise. Désillusion, le restaurant est complet et nous invite à repasser dans une heure. Horrible, tellement d’appétit que je pourrais dévorer un chat errant. Les choses se présentant déjà bien, mon téléphone n’a plus de batterie et nous ne pouvons plus chercher un autre lieu de restaurant. De retour à l’hôtel pour recharger la bête, nous attendons quelques minutes avant de reprendre la route vers une autre pizzeria. Nous arrivons deux minutes avant la fermeture et ils acceptent avec pitié de nous préparer deux grandes pizzas qui ne s’avéreront pas si grandes que ça.

Le ventre encore amer, nous nous couchons en nous imaginant encore en train de déambuler dans ces chambres jonchées de fougères. Au petit matin, les jambes lourdes d’une exploration de plusieurs heures, nous repartons à l’Hachijo Royal Resort pour photographier l’extérieur. Longeant la piscine extérieure, nous figeons à travers nos objectifs le théâtre extérieur, l’endroit est vraiment dans la démesure. Cachés dans la végétation subsistent encore plusieurs terrains de tennis qui donnent sur un bâtiment annexe magnifique. Malheureusement vide, nous prenons la chose du bon côté tellement nous avons déjà effectué une quantité impressionnante de photographies. On y trouvera juste un buste géant, trônant au milieu d’une pièce, assez effrayant d’être surpris par ça, nous nous approchons et remarquons que la chose est faite de polystyrène. Après des adieux déchirants, nous quittons ce palace qui nous marquera à vie. On s’éloigne en le mitraillant sans cesse de photos, on n’arrive pas à couper le cordon. Nous devons déjà rendre notre voiture pour rejoindre l’aéroport, avec un pincement au cœur nous devons quitter cette île fantastique. Arrivés au garage, l’homme nous indique que l’avion ne décollera pas aujourd’hui à cause de la météo catastrophique, pris au dépourvu, sur place à l’aéroport, le personnel nous indique que nous pourrons repartir demain soir sans nous donner la moindre aide sur ce que nous pouvons faire jusqu’à là. Sans hôtel et sans voiture, nous nous retrouvons à la rue. Avec le wifi, on essaye péniblement de se trouver une chambre à travers des sites japonais des moins ergonomiques, le choix est restreint et les tarifs sont élevés. Finalement, nous trouvons une sorte de chambre d’hôtes qui peut faire l’affaire le temps d’une nuit. Au téléphone, la personne ne parle pas anglais, nous demandons à l’accueil de l’aéroport de faire l’intermédiaire pour savoir s’ils peuvent nous récupérer ici. A peine dix minutes plus tard, notre hôte arrive et nous accompagne dans notre nouvelle demeure éphémère. Avec surprise, nous allons passer la nuit juste à côté du palace abandonné, cette coïncidence. L’hospitalité japonaise étant sans limite, nous sommes accompagnés dans le supermarché du coin pour pouvoir nous restaurer ce soir. Le lendemain matin, après un petit déjeuner au poisson fait avec amour, nous décidons de retourner au Hachijo Royal Resort en attendant d’être raccompagnés à l’aéroport. En regardant attentivement Google Map, j’avais remarqué qu’il y avait encore un endroit du domaine que nous n’avions pas exploré, derrière le palace se trouvent deux statues représentant un homme et un cheval qui n’est autre que Eiji Yasuda, le fondateur de l’endroit auprès de son animal préféré. Mégalomane et fascinant. Pour y accéder, nous avons dû combattre les ronces et les orties afin d’admirer le mémorial.




Cette fois l’avion est prêt à décoller, nous ne passerons pas une quatrième journée dans le palace, nous le quittons définitivement, le personnel aéroportuaire nous saluant sur le tarmac, au revoir Hachijō-jima, tu nous manqueras, ta quiétude est un luxe à part entière, nous ne te connaissons qu’à travers ta désertification mais c’est comme ça qu’on t’aime.

D’un point de vue historique, le Hachijo Royal Resort fut à sa construction en 1963 le plus grand hôtel du japon. Il fut nommé à l’époque l’Hôtel Royal avant de devenir le Pricia Resort. De multiples noms pour redonner vie à un lieu hors du commun qui fut confronté à une baisse du tourisme fatale. L’entretien de ce colosse de béton devait représenter une telle somme qu’il était extrêmement difficile d’être rentable. Un exode touristique qui eut lieu lorsque les japonais se sont détournés de cette destination pour aller sur les plages d’Hawaii et de Thaïlande qui étaient plus accueillantes et touristiques.

Il n’y a aucun doute que ce palace restera encore de longues années à agonir, il n’y aura jamais de projet de réhabilitation et encore moins de démolition qui représenterait un budget pharaonique. Il n’y a aucun intérêt à le démolir étant donné qu’il n’existe aucun projet sur cette île. Une des plus belles ruines du monde restera encore longtemps à admirer l’Océan Pacifique.

 

PROSPECTUS D’EPOQUE :

ARCHIVE PHOTOS :

 

Le palace a également servi comme lieu de tournage pour le film japonais “Trick: The Movie 2”, vous pouvez découvrir ci-dessous la bande annonce du film ainsi que des photos pour voir à quoi ressemblait le lieu à l’époque :

NOTRE REPORTAGE PHOTOGRAPHIQUE :

 

–> Offrez-vous un tirage limité collector d’une des photos de ce reportage à cette adresse (Réduction de 15% avec le code promo : LAPINS)  : https://urbexstock.com


Youtube | Exploration de l’Hachijo Royal Hotel en vidéo

Abonnez-vous à notre chaîne Youtube : Urbex Session : https://www.youtube.com/user/urbexsession

 

Instagram | L’exploration instantanée

Abonnez-vous à notre Instagram : Urbex Session : https://www.instagram.com/urbexsession/



Share this article

  • Ananas 70

    Ouah le nombre de photo est impressionnant, elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Ce reportage à du vous prendre du temps mais on voit la passion derrière et ça c’est beau. clap clap

    • Merci Ananas 😉 Beaucoup de taf mais le résultat est la, fier du rendu 😉 Content que ça t’a plu !

  • Clarence

    Ah!!! ça fait plaisir d’avoir de nouvelles photos 🙂
    (et plein en plus!!!)
    Et encore félicitations pour l’heureux évènement

    • Merci à toi Clarence 😉 Un de nos plus gros reportages en effet ! Content que ça te plaise !

  • Marie Flambard

    extraordinaire …..