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Urbex Session au fond Dutroux

Sommes-nous devenus Marie et moi persona non grata en territoire Belge ? La question je me la pose avec toute la retombée médiatique après la publication du reportage sur la maison de Marc Dutroux.

Le 7 octobre 2014, la Dernière Heure, un quotidien belge publie un article sur notre visite étonnante, un tourisme belge incompréhensible face à la renommée du Manneken-Pis. Une interview de ma personne accompagne l’article dans lequel j’ai expliqué par téléphone ma visite au journaliste et pourquoi j’y suis allé, un échange téléphonique pendant lequel le journaliste a été neutre et très cordial, aucun ton accusateur ou culpabilisateur.




D’avance, je me doutais des futurs réactions « nerveuses » sur la publication de mon reportage et en connaissance de cause, je sais bien que l’affaire Dutroux reste une cicatrice ouverte pour la Belgique et qu’il y aurait des personnes qui ne comprendraient pas notre démarche et je peux le comprendre mais je n’ai pas pour but de freiner ma curiosité et mes investigations vis à vis de la sensibilité de mes contemporains.

Extrait de l’édition du 7 octobre 2014 de la Dernière Heure (http://www.dhnet.be/galerie/en-images-la-maison-de-l-horreur-de-marc-dutroux-5433744535708a6d4d5c2146?image=1)

Extrait de l’édition du 7 octobre 2014 de la Dernière Heure (http://www.dhnet.be/galerie/en-images-la-maison-de-l-horreur-de-marc-dutroux-5433744535708a6d4d5c2146?image=1)

Je ne vous le cache pas, j’avoue une certaine fierté de partager la une du journal avec l’autre gros titre « Vous mangez de l’anus de castor sans le savoir ».

Quelques heures après la publication du journal de la Dernière Heure, une émission radio belge consacre un sujet sur notre visite dans la maison de Marc Dutroux avec comme titre « Deux fans de faits divers visitent la maison de Marc Dutroux. Vous comprenez la démarche ? ». Alors déjà le mot « fan » est assez mal placé quand on parle de faits divers, je m’intéresse beaucoup aux histoires criminelles mais de là à employer le mot fan, il y a une distance.

L’émission radio en question est « C’est vous qui le dites » diffusée sur la RTBF Vivacité, c’est un peu comme les Grandes Gueules sur RMC en France, une émission radio de débats avec intervention d’auditeurs. L’émission propose trois débats aux auditeurs et un seul sera choisi pour la deuxième partie de l’émission, cela a donc été notre sujet qui a été désigné comme tel. J’ai fait un découpage de l’émission radio et vous pouvez entendre les débats entre journalistes et les auditeurs ci-dessous et je ferai un droit de réponse sur ce moment radiophonique.

Extrait de l’émission radio « C’est vous qui le dites » du 7 Octobre 2014 :

 

hypocrisie

Comme vous avez pu entendre, la majorité des auditeurs sont choqués et outrés de cette publication et de cette visite. L’incompréhension est là, les insultes également, l’on souhaite même nous exploser avec la maison de Marc Dutroux, pourquoi pas. Mais l’hypocrisie des journalistes est assez éloquente. On nous reproche de faire preuve de voyeurisme macabre, ce qui mériterait d’après eux de demander la fermeture du site, rien que ça, un peu l’antithèse du journalisme et de la liberté d’expression, on n’est pas à une contradiction près. Tout le long le journaliste jouant la vierge effarouchée s’est refusé à communiquer l’adresse du site et des photos comme si nous avions publié la décapitation d’un journaliste, il faudrait réellement me dire mon tort ? D’avoir montré l’intérieur de la maison de Dutroux et dans le même temps de son existence, chose qu’ignorait beaucoup de monde jusqu’à la publication de mon reportage ?

On me reproche d’avoir franchi les limites du voyeurisme, ah bon ? Mais n’ont-elles pas été franchies depuis des années, déjà à l’époque où les journalistes diffusaient en boucle des photos et vidéos de la cave de Marcinelle où les filles sont mortes, quel était l’intérêt de diffuser cette information ? Voyeurisme ou besoin d’informer ?

Quel est le degré de voyeurisme macabre ?

Quel est le degré du voyeurisme macabre ?

Les médias belges devraient faire un mea-culpa et reconnaître que Dutroux est gage d’audience et de ventes et qu’ils ne peuvent s’empêcher d’utiliser cette marionnette pour attirer les gens. Tout prétexte est bon pour parler de lui et ce sont les mêmes qui me reprochent d’avoir été dans sa maison, la RTBF entre autres, là où il y a eu l’émission de radio sur nous, il suffit de taper Dutroux dans leur moteur de recherche interne pour se rendre compte de la fréquence de publication de news sur Dutroux : http://www.rtbf.be/chercher?q=dutroux et toutes les occasions sont bonnes pour remettre le sujet en avant : « Affaire Dutroux: 15 ans après« , « Il y a 16 ans, l’affaire Dutroux ébranlait la Belgique« , « Il y a dix ans, s’ouvrait le procès Dutroux« , un coup de pouce pour la RTBF, voila les prochains titres que vous pouvez publier pour les prochaines années, c’est moi qui offre : « Dutroux, 20 ans déjà », « Dutroux, déjà 25 ans », « Dutroux, 30 ans déjà »…. Marc Dutroux est devenu un vrai marronnier pour la presse.

deja fait

Je ne peux prétendre à une grande originalité en publiant le reportage de la maison d’un tueur en série d’une telle envergure, cela a déjà été fait, il n’y a pas si longtemps. Fin 2012, le journal Le Parisien nous invite à une visite guidée de la maison de Michel Fourniret : http://www.leparisien.fr/faits-divers/en-images-visite-guidee-dans-la-maison-du-tueur-en-serie-michel-fourniret-28-11-2012-2363461.php?pic=2, photos faites par un journaliste, j’ai surement le tort d’avoir fait une certaine investigation sans ma carte de journaliste.

Encore plus frappant comme exemple, un journaliste de la Dernière Heure avait déjà fait un reportage sur la maison de Marc Dutroux en 2008 avec comme titre « Dutroux: visite guidée de la maison de l’horreur » : http://www.dhnet.be/actu/faits/dutroux-visite-guidee-de-la-maison-de-l-horreur-51b7b7c7e4b0de6db989a4c2, dois-je vraiment rougir de mon initiative ?

Et quid de toutes ces émissions de faits divers telles Faites Entrer l’accusé, Enquêtes Criminelles dans lesquelles il n’y a strictement aucune pudeur sur les lieux où se sont passés les crimes, les dissimulations de cadavres et maisons de tueur sont filmés sans que cela ne choque qui que ce soit ou presque.

Quelle est la différence fondamentale entre mon reportage photo et ce que peuvent produire ces émissions ? Franchement je ne vois pas. Mon travail s’est limité à prendre les vestiges d’une maison qui a appartenu à un tueur qui fera date dans le plat pays. Ma démarche reste inédite tant les maisons de criminels sont rapidement détruites ou réhabilitées. Celle-ci est abandonnée depuis 1996, voyeurisme macabre ou pas, j’assume cette visite qui est un réel apport avec toutes les informations que j’ai collectées sur cette affaire qui m’intéresse énormément face à ses nombreuses zones d’ombres.

Une auditrice s’est exprimée dans l’émission en disant que nous allons dans ces endroits pour avoir des idées, le raccourci est assez primaire, pourquoi ne pas dire que les personnes qui s’intéressent au Troisième Reich sont des nazis en puissance ? On peut en faire beaucoup des raccourcis aussi débiles, après ces réactions excessives ne sont pas étonnantes tant elles sont prévisibles, ces insultes et ce mépris m’indiffèrent totalement.

voyeur

Beaucoup de réactions de personnes outrées par tant de voyeurisme et de curiosité malsaine. En toute bonne foi je ne mettrai pas en doute le fait que ces personnes soient vierges de tout voyeurisme, eux, ne freinent jamais sur la route pour voir les accidents et essayer d’apercevoir des corps, de passer du temps sur Facebook à observer la vie d’autrui, d’acheter la presse people, etc… à des degrés différents, on a tous une certaine notion du voyeurisme. L’attrait de la mort et du fait divers morbide sont ce qui agite le plus la curiosité et l’interrogation, le nier serait faire preuve de mauvaise foi. Il n’y a qu’à voir l’agitation que causent les faits divers, avec cet exemple récent en Belgique (décidément) en 2012 : le meurtre d’une personne au château Carpentier de Wingene a attiré de nombreuses personnes pour voir le lieu ou s’est passé le drame : http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1400370/2012/02/27/Le-chateau-de-Wingene-attire-un-tourisme-morbide.dhtml. Je cite : « Nous voulions voir l’endroit où toute cette histoire a commencé », témoigne un couple dans La Capitale. « Il n’y a rien d’anormal à ça. Ce n’est pas que de la curiosité, c’est aussi une manière de s’informer ».

Il y a les personnes qui assument leurs curiosités et les autres, passifs.

museum

Des lieux de l’horreur sont devenus des endroits de visites officielles fréquentés par énormément de personnes. Il y a pleins d’exemples à citer, comme les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau ou Oradour sur Glane. D’ailleurs dans l’émission radio, un auditeur a déclaré que les personnes allant visiter les chambres à gaz sont des tarés. Le problème c’est que les gens ont une sensibilité dictatoriale et n’admettent pas que des personnes ont le besoin de se rendre sur place pour voir en vrai, ressentir des frissons, une lourdeur, une ambiance, ce qui n’est pas palpable assis devant sa télévision mais beaucoup s’en accommodent, grand bien leur fasse.

Un autre exemple de lieu de l’horreur qui se visite officiellement, la maison de Lizzie Borden aux Etats-Unis, une affaire criminelle qui remonte à 1892. Lizzie Borden fut accusée du meurtre de son père et de sa belle-mère tués à coup de hache. Elle sera acquittée après enquête. Depuis des années, cette maison est devenue une vraie attraction où le public vient en masse se prendre en photo à coté de reconstitution. Bon j’en conviens, là on est dans un autre extrême de voyeurisme et de mauvais goût, après ça reste les Etats-Unis, une autre mentalité. (source : http://www.tripadvisor.fr/Attraction_Review-g41564-d209550-Reviews-Lizzie_Borden_House-Fall_River_Massachusetts.html)

investigations

L’affaire Dutroux restera à tout jamais une horreur absolue, tant par les faits causés par Marc Dutroux et ses complices que par les nombreuses erreurs commises par les autorités à l’époque des faits où de graves manquements ont eu lieu pendant l’enquête.

A l’heure actuelle, beaucoup de personnes s’interrogent encore sur cette affaire, certains pensent que Marc Dutroux n’était pas seul derrière tout ça, il persiste une thèse du réseau pédophile agrémentée par de nombreuses zones d’ombres. Des scandales à la chaîne, en commençant par le témoignage de Regina Louf appelée le témoin X1, déclarant connaitre Marc Dutroux et quelques unes de ses complices responsables d’un réseau pédophile et en y mêlant des personnalités Belges comme clientèle. Ou encore les mystérieux décès des témoins de l’affaire Dutroux, tous morts l’un après l’autre, 30 témoins en tout (http://www.wikistrike.com/article-affaire-dutroux-30-temoins-morts-liste-105437240.html). Je vous invite à faire des recherches sur internet, il y a beaucoup d’articles et de vidéos dans lesquelles vous apprendrez beaucoup de choses sur cette affaire pas si résolue que ça.

Il y a tellement d’investigations et d’enquêtes journalistiques à faire que je reste étonné que toute l’attention soit porté sur deux français visitant la maison de Marc Dutroux.

epilogue

Un pétard mouillé, les journalistes ont voulu créer une énième polémique sur Dutroux pour faire parler et vendre, pour ma part, je trouve excessif ce manque de recul que peuvent avoir des personnes sur mon travail. J’aurai compris l’irrespect si j’avais fait une série photo avec une modèle à poil dans ce lieu mais là on était simplement dans le registre du témoignage visuel brut. Alors il n’y a pas eu que des mauvaises retombées, il y a eu beaucoup de personnes qui ont trouvé un intérêt à ce reportage en trouvant intéressant de voir « l’envers du décor » Dutroux, qui ont compris la démarche d’en savoir un peu plus sur le personnage en voyant son intimité à travers sa maison, d’autres ont trouvé nécessaire de garder une trace de ce douloureux passé.

Du côté du public français l’accueil a été largement positif à la différence de la Belgique mais cela est facilement explicable, Dutroux en France appartient au passé. En Belgique il reste présent en permanence, existence soutenue par la presse qui trouve toujours un prétexte pour faire parler de lui comme par exemple cette saga sur ses abcès dentaires : http://www.sudinfo.be/696291/article/actualite/faits-divers/2013-04-03/dutroux-va-tres-mal-toutes-ses-dents-sont-infectees-il-pourrait-en-mourir. Au lieu de viser les deux français, les journalistes Belges devraient prendre du recul et comprendre pourquoi la douleur Dutroux reste toujours aussi présente en Belgique.

Avant de terminer cette tribune, un article intéressant sur le devenir de certaines maisons de l’horreur : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/ligonnes-merah-fourniret-viens-chez-moi-j-habite-chez-un-serial-killer_1545155.html.

Et un petit aparté pour les explorateurs qui hurlent avec la meute vis à vis de ma démarche trop glauque, soignez vos contradictions également, on ne montre pas du doigt le macabre quand on se pavane à prendre en photos des morgues abandonnées.



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