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Château Josef Mengele

Posted on 0 7 m read

Après une nuit passée dans ma voiture, me voici dans un village situé en Île-de-France. Garé à un bon kilomètre de ma cible, je marche au bord d’une route muni de mon sac, mon trépied, mes gants et mon indispensable chapka. C’est dimanche, les chasseurs fanfaronnent et tirent sans relâche, de quoi me mettre à l’aise à l’idée d’enfiler mon masque de lapin. L’accès au château abandonné est d’une simplicité déconcertante, il suffit de contourner le portail, j’ai connu pire. Après avoir passé une maison qui devait faire annexe au château, me voilà devant cette bâtisse en souffrance. Victime d’un incendie, ce n’est plus qu’un vestige. Une ruine que je prends plaisir à immortaliser, j’adore l’ambiance crépusculaire qui s’en dégage. En entrant à l’intérieur, une belle cheminée ornée de deux statues est présente dans un décor de chaos intégral. Mes pieds foulant le couloir obscur, je découvre au sol un carrelage au motif parsemé de croix gammées. Horreur et malaise, la vision de ce symbole me glace le sang, cette même sensation que je connais trop bien lorsque je vois avec écœurement la faucille et le marteau. Répulsion identique. Avec un certain recul, je me dis que ce carrelage n’a rien de nazi et représente sans arrière-pensée le symbole du Svastika qui n’a absolument pas la même signification. Poussant l’investigation, je retourne l’un des carreaux et découvre effaré l’inscription « Hitler Store – Berlin », le doute n’était plus permis.

 

Un bruit interrompt mon enquête, en me retournant, je découvre effrayé la présence d’un vieil homme en train de m’observer silencieusement. Son visage figé, je tente de détendre l’atmosphère en lui disant que je suis un explorateur de lieux abandonnés. Il me répond d’un ton sec qu’il est le soi-disant propriétaire de ce château et souhaite que je parte immédiatement. Pour donner du crédit à ma présence, je lui indique étudier l’histoire du nazisme et que l’on m’a indiqué ce château qui a éveillé ma curiosité. Manifestement mon argument le touche et il me raconte en détail la réquisition de ce lieu pendant la seconde guerre mondiale. Il parle sans discontinuer, son récit est si vivant que j’ai l’impression que la Waffen-SS va débarquer. Insistant, le vieillard m’invite chez lui pour me montrer des archives historiques, je décline poliment en lui indiquant que je suis pressé. Le prenant très mal, il souhaite que je supprime toutes les photos que j’ai prises du château. Pour calmer la situation, j’accepte contrarié de le suivre à son domicile.

 

Une petite marche d’une centaine de mètres suffit pour arriver dans sa bicoque. Assis dans son salon à l’allure d’un vide grenier, il diffuse à la télévision le film documentaire « Shoah » de Claude Lanzmann. Une séance pesante car mon hôte reste assis en face de moi pour s’assurer certainement que je ne m’endorme pas. C’est long, c’est très long et ma matinée se termine déjà. Après deux heures de visionnage, j’ose espérer que la fin du documentaire approche et lui demande si c’est bientôt fini. De nouveau vexé, il me crie dessus en me disant que j’insulte l’histoire avec mon impatience. Le coffret DVD du documentaire posé devant moi, je jette un regard furtif sur sa durée et découvre avec stupéfaction que cela dure neuf heures. Je m’excuse de ne pas avoir le temps de tout regarder en me levant de ce canapé inconfortable. Un fusil à la main, il m’ordonne de m’assoir et de continuer à regarder le documentaire. Je lui implore de me donner au moins à boire et à manger. Me faisant culpabiliser de ne pas assez me concentrer, il quitte sa chaise en bois pour me ramener quelque chose. Son absence est une aubaine, je tente de m’échapper par la fenêtre mais celle-ci est condamnée, l’entendant revenir, je me remets immédiatement à ma place. Un morceau de pain et un verre d’eau, menu unique sans dessert, à croire que le vieux veut me mettre dans l’ambiance du documentaire.

 

Il est dix-neuf heures et le film s’achève enfin, un générique de fin que je pensais être signe de ma liberté, désillusion. Il souhaite me montrer le making-of de la conception du documentaire, c’est parti pour deux heures supplémentaires. Vu comme c’est parti, je ne serais pas surpris qu’il me propose ensuite le bêtisier. Je désespère de ne jamais réussir à partir d’ici, ce vieux fou n’a pas l’air de vouloir dormir surtout que je ne l’ai encore jamais vu cligner des yeux. Ma fatigue me joue des tours, à plusieurs reprises, je m’endors mais systématiquement réveillé par le dingue. A vingt et une heures, j’enchaîne sur un autre documentaire « Nuit et Brouillard », il dure une trentaine de minutes, je ne suis plus à ça près. A chaque fois que j’observe ce fou, il ne ferme jamais les yeux, le sommeil ne l’empare jamais, c’est vraiment flippant. A la fin du documentaire, il se lève brusquement de sa chaise en disant « Interro surprise ! ». Il me pose des questions sur cette horrible et triste période, l’homme s’improvise instituteur. A chaque fois que je réponds mal, il me tape les doigts avec un bâton. Mes douleurs attestent de mon médiocre niveau, en guise de sanction il me dit que je vais devoir regarder de nouveau le documentaire Shoah dans son intégralité, cette nuit je ne pourrais pas dormir, j’en reprends pour neuf heures.

 

Au petit matin, le facteur sonne à la porte pour distribuer le courrier et prendre son café dans le même temps, discrètement je tente de lui faire des signes d’appel à l’aide. Le vieux lui explique que je suis ici pour réviser mes grosses lacunes vis à vis de la shoah. Le facteur acquiesce et me conseille de faire un voyage à Auschwitz-Birkenau pour compléter mon devoir de mémoire, qu’est-ce qu’il n’a pas dit. Le vieux dingue décide sur un coup de tête de m’emmener voir les camps en Pologne. Toujours sous la menace de son fusil, il me guide jusqu’à son garage pour monter dans sa Citroën C15.

 

Un voyage de plusieurs heures débute dans un confort des plus rudimentaires. En boucle dans l’autoradio raisonne la chanson « Le chant des partisans », je suis au bout de ma vie. Lors d’un passage dans une station-service, mon ravisseur pédagogique en profite pour s’absenter aux toilettes, une occasion inespérée pour m’adresser au caissier. En détresse totale, je lui indique ce qu’il m’arrive et l’encourage à appeler la police. Stoïque, il me signale que c’est important de faire ce travail de mémoire et félicite le vieux qui sort de sa pause pipi au même moment, ma détresse tout le monde s’en fout. Dans sa voiture, l’homme parle, me rabâche les mêmes choses, c’est un jour sans fin. Fin de notre périple, nous voici arrivés à Auschwitz. La visite interminable du site débute. Il y a un monde fou, je profite de la foule pour perdre le vieux et m’empresse de courir chercher du secours. Chaque personne que j’arrête me répète inlassablement en entendant ma situation « devoir de mémoire ». Le vieux me rattrape devant tout le monde, exaspéré je lui crie spontanément « Tu m’emmerdes avec ta Shoah ». Silence glacial, les visiteurs me fixent tous, la foule m’entoure en tournant autour de moi en hurlant « Nazi ! Nazi ! ». Recroquevillé sur moi-même, je demande pardon mais la sanction tombe, je suis enfermé dans une pièce à devoir regarder le documentaire Shoah dans son intégralité en allemand sans sous titrage.

 

Le film terminé, je me retrouve seul, la Citroën de mon ravisseur n’est plus sur le parking, je vais devoir me démerder pour rentrer en Île-de-France récupérer ma voiture. Je marche en faisant du stop, sans aucune force à cause de mon manque d’alimentation. Une voiture s’arrête enfin, des français, la chance. Le conducteur me dit qu’il va prendre l’autoroute direction Limoges, ce n’est pas le sens de mon voyage mais tant pis je souhaite avant tout rejoindre la France. Le voyage du retour débute. On commence à parler, l’homme m’explique habiter un village à côté de Limoges à l’histoire dramatique, Oradour-sur-Glane. Le cauchemar continue.

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