Sign up with your email address to be the first to know about new products, VIP offers, blog features & more.

Base militaire Jean-Luc Cayez

Depuis 2013, ce spot me fait tourner la tête, il aura fallu plusieurs tentatives pour arriver à mes fins. A cette époque, lorsque j’avais voulu explorer ce gigantesque lieu abandonné, un gardien était en permanence dans le domaine avec plusieurs chiens et avait comme habitation un des bâtiments de l’entrée. Les aboiements multiples n’étaient pas très encourageants pour tenter une quelconque excursion furtive.

 

Un jour d’été en 2018 en passant devant un peu par hasard, je m’aperçois que la base militaire n’est plus surveillée, pas un chien à l’horizon. La patience est généreuse et m’offre un beau cadeau, un cadeau inespéré. Je programme donc quelques jours plus tard une exploration enfin possible.

 

Devant un portail secondaire discret, je l’escalade tout émoustillé à l’idée de me perdre au milieu de ces dizaines de bâtiments désaffectés. Je suis seul, j’ai l’impression de naviguer dans une ville abandonnée, la journée sera longue, j’espère que les batteries de mon appareil photo tiendront face à tant de choses à immortaliser.

 

Je commence à rentrer à l’intérieur d’un bâtiment multicolore, une fois dedans je découvre un complexe de sport avec terrain de basket et piscine, une belle surprise, les tags présents sur place me démontrent que je suis loin d’être le seul à avoir attendu impatiemment le départ du gardien.

 

Le bâtiment suivant est nettement moins enthousiasmant, un ancien lieu administratif avec de longs couloirs et des pièces vides à n’en plus finir. Je le parcours tout de même et arrive jusqu’au cinquième étage. En penchant ma tête par une des fenêtres, je découvre effaré la présence de plusieurs militaires. Il y en a huit marchant à l’unisson, c’est incompréhensible. La base me paraissait totalement désaffectée, je me retrouve bien con. Mon seul objectif est de me barrer immédiatement sans me faire choper.

 

Dans une panique palpable, je sors progressivement du bâtiment en regardant une à une les fenêtres et m’assurant que je suis en sécurité. Je n’entends rien, le champ est libre, j’ouvre la porte de sortie et tombe nez à nez avec un homme portant une casquette rouge. Étonné de me voir ici, il me demande ce que je fais là. J’explique que je suis photographe et que j’aime me balader dans les endroits abandonnés. Le sourire aux lèvres, il s’exclame en disant « Ah tiens un artiste ! », il me dit que lui aussi est un artiste, un réalisateur et qu’il est en train de tourner actuellement un court-métrage. Il se met à rire lorsque je lui dis avoir vu des militaires roder dans la zone, « ce sont mes acteurs » me dit-il, un putain de quiproquo.

 

On discute un peu et le réalisateur me propose soudainement de jouer dans son film, il me dit avoir un rôle pour moi. A la fois flatté et étonné, je lui signale que je ne suis pas du tout un acteur et que je suis incapable d’apprendre un texte. Rassurant, l’homme me prévient que mon rôle ne contient pratiquement aucun dialogue à part une phrase brève.

 

Il me prévient toutefois que ce n’est pas payé, c’est un projet purement amateur. J’hésite, je n’étais pas venu ici pour ça mais le réalisateur me dit que c’est un beau rôle à défendre et que je ne regretterai pas cette expérience.

 

Pour me convaincre, il m’explique l’histoire de son court-métrage, ça raconte l’arrivée d’une jeune recrue militaire qui subit un sévère bizutage, c’est censé sensibiliser les gens aux effets néfastes de ce type de manifestation rituelle.

 

Je suis censé jouer le rôle de la victime, peut être pas celui que j’aurai choisi. Le réalisateur et les huit acteurs m’encouragent à participer à cette aventure cinématographique. Face à tant d’engouement, j’ai du mal à porter une réponse négative.

 

On me donne un costume de militaire, par chance il est à ma taille, un signe du destin. Le réalisateur me donne les indications de tournage, il me prévient que ça va être violent, que je dois me laisser faire et jouer une victime totalement passive à son sort. Je ne sais pas où je m’aventure mais bon maintenant j’y suis.

 

La caméra s’allume, le clap du réalisateur se déclenche, je dois m’avancer dans ce long couloir obscure jusqu’à me perdre dans la pénombre. C’est à ce moment là que les huit militaires acteurs se jettent sur moi pour me mettre à terre et me donner des coups de pieds factices. Ce déchaînement de violence est des plus crédibles.

 

Ces seize mains m’arrachent mes vêtements, ils me mettent complètement à nu, j’espère à ce moment là que le réalisateur ne filme pas mon sexe ou qui le floute au montage, je n’étais pas prévenu de cette mise en abîme.

 

Le simulacre de viol commence, un simulacre que je pensais être réellement un simulacre, les acteurs jouent leur rôle à fond, en profondeur. Etre un acteur c’est faire des sacrifices, c’est accepter d’avoir mal. Je suis dans un état second, à travers la douleur, je m’imagine déjà défendre ce court-métrage tragique dans plusieurs festivals, une reconversion artistique bienvenue.

 

Ma bouche libérée, le réalisateur me fait un signe pour que je récite mon seul dialogue face à la caméra. Tout transpirant, le visage grave et le rectum saignant, je balance en pâture ces quelques mots appris par cœur « Merci Jacquie et Michel ».

 

Le tournage se termine, l’équipe de comédiens et le réalisateur décampent rapidement du site me laissant seul après ma première immersion au cinéma.

 

A l’heure actuelle, je n’ai toujours pas vu ce court-métrage, j’ai très hâte de le visionner et de vous le partager pour militer ensemble contre le bizutage.

Nous ne communiquons pas l’adresse de ce lieu pour des raisons évidentes de sécurité et n’encourageons pas à l’explorer par vos propres moyens. De nombreux cas d’accidents graves et mortels sont à déplorer dans les lieux abandonnés, merci de consulter cette page d’information : urbexsession.com/lieux-desaffectes-danger. Abstenez vous de nous demander l’adresse par message privé ou dans les commentaires, il n’y aura aucune réponse de notre part, merci de votre compréhension. Lors de cette exploration, aucune dégradation ni infraction a été commise pour pénétrer dans ce lieu. Nous n’avons aucune information sur les éventuels propriétaires. Si vous êtes propriétaire de cet endroit et que la publication photographique sur ce site vous gêne, nous procéderons à sa suppression sur simple demande via notre page contact.



Offrez-vous un tirage limité collector d’une des photos de ce reportage à cette adresse : https://marie-et-raphael.com


Instagram | Abonnez-vous à notre Instagram : instagram.com/urbexsession


Continuez à explorer d’autres lieux abandonnés en France en [cliquant ici]


Ces articles disponibles sur Amazon peuvent vous intéresser :


A découvrir sur Urbex Session :