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Villa Timothy Judy

C’est dans cette villa espagnole que fut arrêté Émilien, après une longue cavale. Rien ne prédestinait ce jeune trisomique de 32 ans à un tel destin. Né à Paris dans le 18ème arrondissement, l’enfant a vécu dans un grand appartement d’un immeuble haussmannien. Choyé par une mère aimante et un père absent ayant pris la fuite, lors de sa naissance, n’assumant pas son handicap, Émilien a été surprotégé tout le long de sa vie.

Scolarisé à son domicile pour éviter les moqueries, sa mère a toujours dépensé l’intégralité de son épargne dans le bien être de son enfant. Émilien passait son temps dans sa chambre, enfermé dans son univers aux murs colorés de posters de ses dessins animés préférés, la Petite Sirène, Le Roi Lion et autre Cendrillon. Il aimait également observer les gens de sa fenêtre. Du 5ème étage, il avait une bonne visibilité pour voir ce qu’il se passait en bas de son immeuble.

Émilien grandit, avec cette absence de la réalité et de la misère humaine, sa mère lui édulcorant son quotidien pour le protéger, l’enfant, devenu adulte, vivait toujours avec sa naïveté attendrissante. 30 ans déjà et Émilien était toujours avec ses dessins animés, avec cette bonne humeur et ce sourire qui rendaient tout le monde heureux.

Depuis peu, une prostituée s’était installée dans sa rue. Émilien ignorait tout de la situation réelle de la jeune femme mais la trouvait jolie, ses longs cheveux blonds lui faisaient penser à Barbie. Il passait littéralement son temps à la contempler, lui faire des coucous sans retour de sa fenêtre. Quand elle s’absentait avec un client, Émilien était triste et passait le temps en la dessinant et en lui écrivant des jolies phrases sur son bloc note.

Pour la première fois de sa vie, Émilien tombait amoureux de quelqu’un, au désespoir de sa mère. Découvrir l’amour avec une prostituée, ça avait de quoi l’éloigner de ses dessins animés préférés, loin d’un Walt Disney.

Sa mère, supportant de moins en moins cette situation, se décida à dire la vérité à Émilien, une décision difficile pour cette mère qui avait cette obsession de l’éloigner de la réalité. Avec des mots durs, elle lui expliqua que cette femme était une prostituée et qu’elle demandait de l’argent aux hommes pour pouvoir faire l’amour avec elle, que c’était une femme sale et sans morale et qu’il fallait qu’il arrête d’observer ce triste spectacle. Émilien s’enferma alors dans un silence, volets fermés et cloîtré au lit, cette vérité était difficilement acceptable et il pleura son innocence. Deux semaines passèrent et le jeune homme sortit enfin de son silence à la plus grande joie de sa mère, une joie qui fut malheureusement de courte durée.

Émilien, après avoir mûrement réfléchi sur les retombées économiques que génèrent la prostitution, ordonna à sa mère de faire la pute. Sa mère, choquée, l’engueula mais c’était sans compter sur la motivation d’Émilien, qui l’a mise à terre et la menaça de descendre dans la rue pour rapporter de l’argent. De la fenêtre de sa chambre, Émilien comptabilisait les clients, heureux d’avoir une occupation à plein temps. La mère, terrifiée, endura cette situation misérable de longs mois sous le regard de son fils cruel du haut de son appartement.

L’argent coulait à flots et Émilien pouvait enfin accomplir son rêve, acheter tous les bonbons qu’il voulait et sans limite. Son attitude se radicalisait au fur et à mesure. Il tourna également un clip de rap où l’on le vit chanter des paroles misogynes, se baladant dans une limousine en jetant des haribos par la fenêtre.

Un jour, sa mère profita que son fils aille aux toilettes et s’absenta de la fenêtre pour s’enfuir et avertir la police. Émilien, se rendant immédiatement compte de son absence, décida de fuir avec son argent. La police ne trouva plus aucune trace du proxénète.

Il aura fallu une longue enquête internationale, avec l’aide d’Interpol, pour remettre les mains sur lui. Habitant une luxueuse villa en Espagne, il avait créé un grand réseau de prostitution. Depuis, Émilien regarde la vie de la fenêtre de sa cellule d’une prison en Catalogne.

Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

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