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Stade Léon-Bollée | Le Mans

L’Urbex c’est la visite de lieux abandonnés mais c’est avant tout des rencontres, des échanges qui nous permettent d’apprendre plus, d’imaginer plus loin et d’approfondir nos recherches sur ces endroits désaffectés. En l’occurrence, pour l’exploration du stade Léon-Bollée au Mans, nous avons pu organiser une rencontre avec Michel qui fut pendant des années le responsable d’un club de supporters du Mans Football Club. Le rendez vous est donné devant les grilles rouillées d’une des entrées du stade, on grimpe, on se faufile comme on peut, Michel, ou Mimi comme on le surnomme au Mans, nous attend le temps de notre exploration, son physique qui ressemble à tout sauf à celui d’un sportif voire même juste à une personne qui s’entretient un minimum ne lui permet pas de faire des acrobaties et de nous accompagner. Marie et moi, en toute sincérité, ne sommes pas des passionnés de football, on ne s’y intéresse vraiment pas, même pendant les compétitions mondiales, ce qui d’ailleurs amplifie notre désintérêt pour la chose. On ne connait rien au monde du ballon rond et c’est pour ça qu’à travers cette rencontre unique nous allons être un peu comme des anthropologues des temps modernes, sans jugement, simplement avec écoute et bienveillance.

Dans ces tribunes désaffectées, on imagine encore les supporters en train de faire la Ola après un but de leur équipe, le tout avec une odeur de merguez et de bière renversée sur les strapontins, des moments certainement magiques. Du haut de la tribune, on aperçoit Michel avec son crane dégarni et son ventre qui a la capacité d’accueillir deux voire trois ballons de foot que même son maillot délavé peine à cacher, il nous fait un coucou avec la main, cet homme est mignon à sa manière, ça reste un bon bougre. Il y a plusieurs panneaux publicitaires identiques qui habillent le stade avec comme slogan « La Sarthe, on en est fier », une belle démonstration de ce que peut être la méthode Coué. En même temps la Sarthe c’est le Bordeau Chesnel et les volailles de Loué, deux fiertés qui peuvent s’affirmer sans rougir. Passons les réclames publicitaires locales et la pelouse jaunie par le temps, nous descendons les marches en direction de l’ancienne buvette qui était certainement l’antre de la troisième mi-temps, un espace dédié aux échanges bruts et aux rires gras. Nous quittons le stade avec Michel qui souhaite nous inviter chez lui pour nous montrer la passion de sa vie immortalisée par une collection unique sur son univers 100% foot.

Arrivés devant son bâtiment HLM situé dans un quartier oublié par le temps, Mimi nous montre fièrement son appartement reconnaissable grâce à une écharpe du Mans Football Club accrochée sur son balcon. On la voit immédiatement, au milieu de cet élevage de paraboles grises. Dans son petit F2, dès l’entrée, il n’y a aucun doute que nous sommes bien chez un passionné de foot. La décoration si l’on peut oser prononcer un tel mot est composée de posters de Zidane et autres joueurs, de fanions, de maillots accrochés à même le mur. Nous lui demandons si nous ne dérangeons pas sa femme avec notre visite et il nous répond qu’elle l’a quitté il y a bien longtemps en lui demandant en ultimatum s’il préférait le football ou elle, il a choisi sans hésiter et s’en est allé avec leur fils unique « Platini », non ce n’est pas un surnom, c’est véritablement son prénom donné en hommage à l’illustre héros de l’équipe de France. Il nous montre ses albums photos classés par catégorie comme son album sur les voitures des footballeurs qu’il ne conduira jamais ou même cet album sur les femmes des footballeurs qu’il ne touchera jamais, Michel vit et rêve par procuration. Le rêve c’est tout ce qu’il peut s’offrir avec ses moyens. Pour en savoir plus sur l’homme, nous lui demandons son parcours, sa vie et ce qu’il pense de l’actualité. Les seules informations que l’homme lit, écoute et regarde ne concernent que le sport, le seul journal qu’il ouvre reste l’Equipe et quand on lui demande son avis sur les faits du moment comme les attentats, DAESH, la crise migratoire, le non renouvellement de la vie politique et le chômage qui s’aggrave au fil du temps, Mimi nous répond qu’il n’y a que deux choses qu’il faut combattre absolument, l’OM et le PSG.

Michel voyant que nous restons détachés vis à vis de sa passion nous parle du stade et de la raison pour laquelle il s’est retrouvé abandonné. En 2010, l’équipe du Mans quitte la Ligue 1 après une saison d’échecs et plus rien ne se passa comme avant. Les supporters humiliés par le fait que le Mans soit relégué en Ligue 2 proteste de la manière la plus virulente, comme certains, dignes, en véritables martyrs qui se sont immolés devant l’entrée du stade, d’autres ont brûlé symboliquement des maillots et des drapeaux du club, un parfum de 1793 bouscula le monde footballistique du Mans. La nouvelle saison de football commença alors avec une ambiance lourde, les joueurs jouent avec une pression inhumaine qui ne leur rend pas service et ne leur permet pas d’obtenir de bons résultats. A chaque match, la défaite déverse une violence hors norme sur la ville, voitures brûlées, magasins pillés, supporters adverses crucifiés, la violence urbaine peine à se calmer malgré la présence en nombre de CRS. Plus tard, pour plus de sécurité, les matchs sont joués sans public avec la mise en place de miradors aux quatres extrémités du stade pour surveiller que personne ne balance d’objets ou ne pénètre dans le stade. Du jamais vu. Il nous explique même qu’à chaque fin du match, au stade, une alarme retentissait dans toute la ville en cas de défaite pour prévenir les habitants de rester enfermés chez eux le temps que la colère passe. Surnaturel.

Mimi nous montre sur son ordinateur une vidéo qui fut son instant de gloire, il en est très fier de ce passage médiatique, on le voit derrière un journaliste en plein duplex faire coucou à la caméra avec un chapeau rigolo sur la tête et des lunettes fluos, Michel nous regarde tout fier, on lui dit que c’est bien pour dissiper le malaise.

Son chien, un beau berger allemand nous regarde avec curiosité, son maître le regarde avec affection, le caresse tendrement et nous dit que le chien est le meilleur petit ami de l’homme, lapsus révélateur ou pas, Michel, bière à la main touche le rectum de son chien avec sa bouteille, le berger allemand se cambre pour exhiber son anus et Mimi en profite pour lui pénétrer avec sa bière, gros malaise, Michel nous regarde et rigole, il dérape et nous ne savons pas quoi faire ni dire dans cette position inconfortable. Notre chance vint de l’interphone qui sonna, Michel répond et nous prévient que deux amis à lui viennent pour prendre l’apéro, nous sommes soulagés de ne pas nous retrouver seuls avec lui. René et Hervé entrent dans l’appartement, ils nous saluent et nous interrogent sur notre présence, on leur explique que nous nous intéressons au stade abandonné du Mans, notre intérêt les laisse de glace. Pastis à la main et quelques blagues potaches plus tard, les deux hommes donnent un billet de 10€ à Michel pour s’enfermer dans la chambre d’a côté avec le berger allemand, nous ne préférons pas savoir ni imaginer le but de cette transaction et décidons de partir, nous saluons Michel et quittons les lieux. Cette rencontre nous aura appris des choses mais nous aura certainement pas réconcilié avec le football.

  • Alexis Desbois

    moi j’aime bien le foot contrairement a vous , je trouves simplement dommages que plein de lieux soit abandonnées sans vraiment d’intéret parfois ce stade aurait pu servir pour des équipes local ou competition :/