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Séminaire de Santa Maria de Los Angeles

La veille au soir de notre dernière journée d’exploration en Espagne, Marie, toujours en quête d’endroits abandonnés, se met à chercher au dernier moment des lieux susceptibles de se trouver sur notre parcours du lendemain. Comme à son habitude, elle réussit toujours à m’épater en dénichant des lieux insolites et improbables, cette fois ça sera un séminaire perdu dans la montagne. Problème, le lieu se trouve assez éloigné de notre itinéraire mais un séminaire avec l’inscription « Los Angeles », isolé au fin fond de la montagne, cela m’a donné assez de fantasmes pour organiser ce détour.

Le lendemain, en fin d’après midi, le GPS nous isole de toute vie humaine en roulant sur une route déserte. A un moment, notre guide satellite nous mène sur un chemin privatif avec des panneaux décourageant les intrus, bon tant pis on va continuer dans cette direction et si l’on croise quelqu’un on jouera facilement aux français cons qui ne comprennent pas les panneaux espagnols. Le chemin est en mauvais état, notre Opel Corsa se demande ce qu’elle fout sur un terrain de trial 4×4 et nous aussi d’ailleurs. Au bout de 3 kilomètres parcourus sans la moindre indication sur la direction du séminaire, nous arrivons devant une chaîne cadenassée qui nous barre le chemin. Un peu plus loin, nous apercevons une maison avec des voitures garées devant. Face au dilemme de rebrousser chemin avec les regrets de ne pas voir Los Angeles et son lot de fantasmes, la seule solution est de garer la voiture hors du chemin et de refaire tout à pied. Pendant cinq minutes, on essaye de se motiver en pensant à un bon Burger King pour le soir même et nous décidons d’abandonner notre voiture au bord de la route à la merci des espagnols les plus mal intentionnés.

Randonnée improvisée, nous reprenons la direction du chemin mais cette fois à pied sans trop savoir le temps que cela va mettre pour atteindre le séminaire. Au loin, on entend une voiture arriver dans notre direction, on se précipite pour se cacher derrière un arbre avec une discrétion à toute épreuve. Evidemment, le véhicule roule à 2 à l’heure à cause du chemin en mauvais état, du coup le conducteur aurait tout le temps de voir deux personnes se camoufler péniblement avec les sacs à dos, les trépieds et les tee-shirts flashy derrière un arbre bien trop mince. Miracle, la voiture ne s’est pas arrêtée, nous continuons donc notre périple, notre Saint Jacques de Compostelle à nous.
Pour le peu de choses que l’on savait sur ce séminaire abandonné, c’est qu’il était une destination favorite des chasseurs de fantômes. On ne craignait naturellement pas de tomber sur des esprits ou autres choses paranormales là bas mais plutôt de tomber sur les chasseurs eux mêmes, bien plus flippants que des fantômes, physiquement parlant, vestimentairement et sociologiquement, ce sont des rencontres qui peuvent être traumatisantes.

Nous voilà arrivés devant cette chaîne nous barrant le chemin qui aura exclu notre belle Opel Corsa du voyage. Nous continuons cette longue traversée assez usante, cela faisait longtemps que je n’avais pas fait de randonnée et sans pratique régulière c’est assez pénible, surtout que l’on ne sait pas où l’on va exactement.
Le téléphone portable dans la main, j’avais pris la précaution de télécharger les cartes GPS pour un usage hors ligne mais mon téléphone, en manque de 3G et de WIFI, perd pied et n’arrive jamais à nous localiser. On avance un peu à l’aveugle en se demandant si nous allons vraiment arriver à bonne destination. Au loin, on aperçoit tout un attroupement de moutons, c’est mignon, on s’approche, tiens il y a aussi les chiens de berger avec, c’est moins mignon ça, voilà que maintenant ils aboient, c’est vraiment pas mignon, ils se dirigent vers nous, self contrôle, notre amour des animaux est assez fort pour qu’ils comprennent que nous ne sommes pas des ennemis, tout se passe bien, ils repartent après quelques reniflages de vêtements.
Le chemin continue à se corser, toujours à l’aveugle, au feeling, on tourne un peu partout, un peu désabusés. Cette fois, le chemin est barré par un grillage, génial, grimpette acrobatique nous continuons à marcher jusqu’à ce que ça soit des arbres couchés qui essayent vainement de nous empêcher d’avancer, un véritable parcours à la Koh-Lanta même si nous avons aucune intention de manger des insectes ou du moins pas encore.

Nous ne sommes plus seuls, voilà que maintenant les vautours veillent sur nous, au dessus de nos têtes ils n’arrêtent pas de tourner, statistiquement, avec mes 75 kilos, je ne risque pas d’avoir ma première expérience dans les airs mais ce n’est quand même pas rassurant. Au bout de presque 3 heures de marche, au loin, cette croix immense, posée sur la façade du séminaire, nous montre le dernier effort à faire avant de pouvoir enfin l’explorer.

Le portail donnant accès au séminaire est solidement fermé mais voyant l’état intérieur, on comprend que ça ne doit pas être très difficile de pouvoir entrer à l’intérieur. Quelle déception, le lieu est vide, sans intérêt, vandaliser jusqu’à l’os, grosse stupéfaction de trouver un lieu dans cet état dans un endroit aussi isolé, les espagnols ont peut être un passe temps de Randonnée Vandalisme mais c’est très étonnant. Il n’y a rien à prendre en photo, on a jamais eu le sens de photographier des ruines sans intérêt, il n’y a rien à montrer, rien d’intéressant, toute cette marche pour si peu, pour rien même. Du coup, je me suis acharné sur la façade du séminaire et je l’ai photographiée une bonne dizaine de fois, mon lot de consolation. Ça aurait pu être pire s’il y avait eu des chasseurs de fantômes. Quoique dans l’idée, on aurait pu en sacrifier un à coups de trépied pour compenser les heures de marche.
D’un point de vue historique, le séminaire fut tout d’abord un couvent fondé en 1490 avant d’être abandonné définitivement en 1971. A l’époque, étant donné l’accès au lieu, fallait pas oublier le pain.