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Les Règles de l’Urbex


La communauté de l’Urbex est attachée au respect de règles élémentaires pour ne pas dire primaires, vous lirez souvent qu’il est interdit de : « Voler, dégrader et qu’il est demandé de ne laisser que des traces de pas lors de vos passages dans les lieux abandonnés ». On est un peu dans l’enfoncement des portes ouvertes mais il est vrai qu’il y a des personnes qui ont besoin d’avoir des repères, même des plus logiques, pour avoir une règle de conduite. Ça ne serait pas le cas, les religions n’auraient plus lieu d’être.

Pour ma part, si je devrais apporter ma pierre à l’édifice d’une charte éthique de l’exploration avec mon expérience, voici, pour moi, les choses élémentaires pour bien pratiquer l’Urbex :


La discrétion commence avant tout par le fait de ne pas venir explorer un lieu abandonné en troupeau, vous n’allez pas visiter un musée, on ne part pas en exploration avec toute sa bande de potes ou avec sa petite famille. Si Marie et moi avons, jusqu’à présent, évité toute confrontation avec les forces de l’ordre dans tous les pays que nous avons traversés, c’est que nous avons toujours placé la discrétion comme une discipline à part entière. Prendre son temps avant d’accéder à un lieu, bien observer l’environnement, le voisinage, attendre qu’il n’y ait plus aucune voiture qui passe, aucune précipitation. De plus, il ne faut pas avoir une attitude suspecte comme si vous alliez commettre un méfait, il ne faut pas donner l’impression d’être venu en repérage pour un éventuel cambriolage. Il suffit d’un voisin derrière les rideaux de sa fenêtre pour avertir la gendarmerie que des personnes se sont introduites dans une propriété privée en escaladant le portail. Exploration interrompue et garde à vue, avec même, peut être à la clé, une convocation au tribunal pour violation de domicile. Alors imaginez une telle intrusion avec un groupe de 5/10 personnes comme ça peut arriver dans l’Urbex, c’est totalement inconscient et en dehors de toute logique. Venir en troupeau enlève également toute l’adrénaline que peut apporter la pratique, ne l’oubliez pas. D’autant plus que si vous devez être pris en flagrant délit par un propriétaire, un gardien ou autre, votre démarche sera certainement mieux comprise si vous êtes peu nombreux, c’est une évidence, l’aspect intrusif est atténué. Ne soyez pas feignant, pas la peine de garer votre voiture devant le portail et l’entrée d’un lieu abandonné, vous êtes pas la en touriste mais en infiltration, le nombre de fois ou on a vu des véhicules stationnés sans la moindre intention de se cacher, il est évident que des personnes voyant ce genre de situation ne pourra que les interpeller et s’interroger sur votre présence, marcher, ça fait du bien. Évitez tout de même de pratiquer seul, surtout au début quand vous ne saisissez pas l’entièreté des risques que peut apporter l’exploration urbaine. A plusieurs reprises, il est arrivé que Marie et moi faisions demi-tour devant un endroit désaffecté parce qu’il n’apportait pas toutes les garanties de discrétion à ce moment là, il y a de la frustration mais avant tout du bon sens. C’est pour cela que l’on prévoit de retenter une autre fois si c’est possible. Quel est le meilleur choix entre passer des heures en garde à vue avec le stress judiciaire ou passer à une autre destination qui présente moins de risques ? Pour les vêtements, depuis le début de notre pratique, nous n’avons jamais porté une tenue de camouflage, ce n’est strictement pas indispensable, au contraire.

L’usage du mot abandonné peut être malheureusement pris au sens propre en imaginant qu’il n’y ait aucun propriétaire derrière ces lieux, ce qui est strictement faux et dangereux de penser de la sorte. Dans cette logique, des simples d’esprit peuvent penser qu’ils peuvent récupérer et se servir dans ces endroits désaffectés en imaginant que ça n’appartient plus à personne, le vol facile et légitime. Grave erreur. Derrière un lieu abandonné, il y a toujours un nom, un responsable. Les raisons des désaffectations peuvent être nombreuses, conflit d’héritage, aucun investisseur au rachat, faillite, c’est rarement une personne qui balance les clés de son château dans la nature pour vivre en Amazonie. Donc sur place, prenez le recul sur ce que vous pouvez voir comme objets de valeur, ce n’est pas un vide grenier ni une casse auto dans laquelle on peut récupérer des pièces qui nous intéressent. Se faire interpeller dans un lieu abandonné avec son appareil photo aura peu de conséquences la plupart du temps, par contre avec des objets en main votre côté artiste et aventurier sera totalement secondaire. Votre passion ne doit pas être un alibi pour vos méfaits.

A plusieurs reprises, j’ai toujours milité contre l’échange d’adresses, du moins sans se soucier véritablement de la personne avec qui l’on procède. Déontologiquement, j’ai toujours eu du mal à ce que l’on exerce cette pratique sans avoir la volonté de faire l’effort de chercher soi même les adresses, c’est aussi digne que de gagner une compétition à l’aide d’amphétamines. Outre cette faiblesse d’esprit, il est évident que cette négligence d’échanges apporte un danger non sans conséquence sur l’intégrité des lieux abandonnés. Combien de personnes mal intentionnées se cachent derrière un masque de photographe, combien d’antiquaires ? de voleurs ? de vandales ? d’urbexeurs voleurs ? J’avais déjà développé ce sujet avec cette tribune ouverte : http://urbexsession.com/quel-explorateur-etes-vous.


« Ne laisser que des traces de pas » est une phrase dite à l’unisson par la communauté Urbex sans toutefois la prendre au pied de la lettre. Beaucoup d’entre eux ont cette obsession de vouloir montrer qu’ils ont exploré le lieu en écrivant sur un des murs leur pseudonyme voire même l’url de leur page internet ou Facebook. Qu’il soit inscrit au feutre, à la craie ou même à travers la poussière, il est important que la personne responsable de l’endroit ne découvre pas qu’il y a des gens qui s’infiltrent dans sa propriété tout en le revendiquant. Concrètement le fait que vous soyez passés avant d’autres nourrit uniquement votre petit égo. Pour en savoir plus sur cette dérive narcissique : http://urbexsession.com/regle-de-lurbex-ne-jamais-laisser-de-traces.


C’est amusant de lire souvent de la part d’explorateurs les mêmes ressentis, composés de tristesse et d’amertume lorsqu’ils découvrent un lieu abandonné, « c’est triste de voir un lieu comme ça à l’abandon », « c’est du gâchis », « ça pourrait être utile pour les gens qui vivent à la rue », « que fait l’état, qu’on m’explique la cohérence ? ». Comment se plaindre d’un état qui nourrit notre passion ? Est-ce de la culpabilisation ou un manque d’inspiration ? Quel est le but de jouer sur les deux tableaux ? D’être l’avocat d’un patrimoine en danger et à la fois un porte étendard de la visite de lieux abandonnés ? Personne n’oblige ces gens à subir autant de tristesse et de déchirement, ce n’est pas un travail l’Urbex, c’est une passion. Faire des centaines de lieux abandonnés pour se plaindre de leur état est limite un comportement sadomasochiste. C’est dans le même registre que de plaindre la situation des prostituées tout en demandant le prix d’une passe un samedi soir. Mon coup de gueule à ce sujet : http://urbexsession.com/explo-prozac.


Il est évident qu’il ne faut pas dévoiler les adresses de lieux abandonnés pour ne pas les mettre en danger face à des gens mal intentionnés, des châteaux, des manoirs, des maisons qui ont encore beaucoup d’objets de valeur ne peuvent être qu’un appel au pillage voire même au squattage. Mais il y a une distinction à faire entre ce type d’endroits et ce qu’on appelle des ruines. Cacher pour cacher une localisation est quelque chose de totalement absurde et ne fait que renforcer la sensation que l’Urbex est quelque de chose de renfermé et d’impénétrable. Quel est le but de ne pas donner au grand public les noms d’endroits en péril qui ne représentent plus aucune valeur financière. Au contraire, mettre en lumière ce genre d’endroits peut d’une certaine façon attirer une attention médiatique, voire associative qui pourrait protéger un lieu voué à disparaître. C’est pour cela que vous pouvez trouver sur notre carte Urbex, différents lieux de la sorte : http://urbexsession.com/carte-urbex, la plupart sont des ruines, maintenant réhabilitées ou démolies, aucune mise en danger d’un patrimoine encore riche. N’imaginez pas détenir un trésor quand vous cachez la localisation d’une maison miteuse en bord de route jonchée d’excréments de marginaux. La paranoïa peut être aussi représentée par la façon dont certains explorateurs quittent les lieux abandonnés avec ce mélange d’égoïsme et d’humanisme en verrouillant les accès à un spot, condamnant une porte, une fenêtre ou même en y posant un cadenas, pour eux, il est légitime que l’endroit doit être protégé après leur passage, les autres photographes n’avaient qu’à passer avant. Une bienveillance qui par bonheur peut se retourner contre eux, un exemple ici dans lequel, pris en flagrant délit par des gendarmes, un groupe d’urbexeurs ont dû s’expliquer en garde à vue sur leur intervention dans une maison désaffectée, munis d’une visseuse et de vis à bois dans l’optique de condamner la porte d’entrée. Les justiciers amateurs ont la vie dure.

Les lieux abandonnés sont loin d’être sans danger, leur état vétuste représente un risque non négligeable. Prendre un maximum de précautions en indiquant à un proche l’endroit que vous allez explorer. Traverser un plancher moisi ou même se faire agresser sont des faits à ne pas exclure. L’Urbex n’est pas un jeu, on n’y va pas pour se faire peur, courir ou bien filmer des vidéos sans intérêt. J’avais recensé quelques exemples d’accidents mortels liés aux friches : http://urbexsession.com/lieux-desaffectes-danger, c’est loin d’être une liste exhaustive, je pourrais la mettre à jour mois après mois. Il est de votre responsabilité d’explorer ces friches en faisant attention à tous les dangers qu’elles peuvent représenter, ne cherchez pas à monter un escalier en bois menaçant de s’effondrer, ayez du bon sens et réfléchissez à deux fois à vos actions, vous n’êtes pas ici pour épater autrui mais pour penser aux conséquences.

Comment fait-on pour trouver des lieux abandonnés ? C’est la question éternelle à laquelle nous sommes confrontés régulièrement et qui est tout à fait légitime. Avoir en références autant d’endroits abandonnés peut interroger. C’est le résultat de plusieurs heures de recherche, de persévérance et de volonté. A traquer des indices sur des reportages, des photos. Nous avons une veille permanente sur la presse locale et nationale pour être informés en temps réel de l’actualité désaffectée. Une bonne utilisation de Google en composant des mots clés efficaces permet d’obtenir des résultats sans trop d’effort. Il est évident qu’il y a des lieux que nous ne trouverons pas et c’est la règle du jeu, ce n’est pas pour autant que l’on sera tenté par un jeu d’échanges ou de quémander un indice. Avant de demander systématiquement « c’est où ? », prenez au moins cinq minutes en faisant l’effort de rechercher. Il y a également beaucoup d’endroits abandonnés que l’on découvre par hasard, sur la route.  Avec des milliers de kilomètres au compteur lors de nos road-trips, il y a toujours un facteur chance qui peut nous sourire.