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Hotel Udo Proksch

Abandonné depuis une trentaine d’années, cet hôtel désaffecté fut l’un des plus compliqués à explorer. Toutes les portes cadenassées, les fenêtres condamnées, le lieu fut barricadé de la plus belle des manières afin d’éviter toute intrusion. Manifestement, notre présence devant la façade décrépie de l’hôtel Udo Proksch intrigue, un vieil homme nous observe, interrompant la promenade matinale de son chien. Il se dirige vers nous, il ne fait aucun doute que notre ambition illicite est découverte, notre appareil photo autour du cou et notre trépied à la main laissent place à peu d’interprétation. D’un ton amical et courtois, l’homme nous demande si nous sommes venus visiter l’hôtel, ne souhaitant pas partir dans un délire mythomane, nous lui confirmons la raison de notre présence ici. Habitué à voir défiler des photographes dans cette petite ville calme, il nous indique bien évidemment que c’est interdit et que l’endroit est très dangereux. Le discours habituel de mise en garde sans surprise qui a toujours aussi peu d’influence sur notre passion.

L’homme devient tout de suite plus intéressant lorsqu’il nous explique qu’il a lui-même travaillé pendant des années dans cet hôtel. De plus, il nous invite à son domicile pour nous montrer des photos d’époque quand jadis cet hôtel était l’un des plus réputés du coin. Une rencontre inattendue qui nous console un tant soit peu de l’échec de notre exploration. Au troisième étage d’un bâtiment à l’agonie, nous rentrons dans l’appartement de notre hôte, seul avec son chien, sa retraite se déroule dans le calme absolu, c’est pour ça d’ailleurs qu’il est attentif aux explorateurs passant devant chez lui pour venir à leur rencontre, histoire de faire la conversation et de passer le temps. Assis dans le canapé du salon, l’homme est aux petits soins envers nous, jus d’orange et biscottes avec de la confiture à la fraise, cette matinée est véritablement improbable dans son déroulement. Nostalgique, il nous distribue des photos de cet hôtel et nous les commente à chaque fois, le hall d’entrée magistrale, le salon diplomatique où il a pu voir tout un défilé de personnes célèbres, de politiques, d’artistes, les chambres majestueuses et ces longs couloirs où trônaient de magnifiques peintures exposées dont une œuvre de Picasso qui faisait peur aux enfants qui passaient devant avec leurs valises, ce tableau nommé « La Celestina » qui fut vendu aux enchères pour sauver l’hôtel de la faillite. Le vieil homme était au premier rang car il était le coordinateur de cet hôtel, le sous-directeur en somme, d’une main de fer nous explique-t-il, il dirigeait une équipe d’une trentaine de personnes pour maintenir le standing de l’hôtel, un travail acharné, une vie dévouée qui explique sa solitude de maintenant. Malgré la vente du Picasso, l’exode touristique dont était victime la ville condamna à plus ou moins long terme l’hôtel. La situation devint intenable, les finances servaient juste à entretenir la venue d’une dizaine de touristes de passage, l’ambiance était loin de l’époque lorsque le salon diplomatique était fréquenté par les grands de ce monde. Le dernier plan économique de l’hôtel fut désastreux pour beaucoup d’employés qui furent licenciés dont cet homme qui nous accueille chez lui, un véritable choc pour ces personnes au chômage technique. La Celestina n’avait rien pu faire à part retarder une issue inévitable, la faillite et la fermeture de l’hôtel en 1974. Il n’y eut aucun repreneur, aucun acheteur pour ranimer la flamme de cette institution, s’ensuivit une désaffection dans la totale indifférence. Au fil des années, l’hôtel faisait l’actualité dans la presse locale avec des projets qui tombaient systématiquement à l’eau.

Le vieillard nous explique que l’hôtel était facilement accessible grâce à une fenêtre grande ouverte donnant sur la rue et qu’il y avait régulièrement des photographes, des pilleurs et autres vandales qui passaient sans que ça n’alerte le maire et les autorités compétentes malgré le fait que l’homme mettait les moyens pour protéger ce qu’il considérait comme son hôtel. Un véritable acharnement, il n’hésitait jamais à stopper des voleurs ou des vandales au détriment de sa vie. Tout changea du jour au lendemain à cause d’un terrible drame, avec cet hôtel abandonné en premier plan. L’homme nous apprend en nous montrant des articles de journaux qu’il y a moins d’un an, trois jeunes personnes ont été assassinées sauvagement lors d’une nuit d’horreur, une rescapée témoigna de ce qu’elle avait vécu à l’intérieur avec une terrible souffrance et un traumatisme palpable. C’est d’ailleurs après cela que l’hôtel fut totalement bunkerisé pour éviter une autre tragédie surtout que le tueur n’a jamais été retrouvé.

Lisant le récit de la victime rescapée repris dans un article complet du journal « Kurier » daté du 11 novembre 2015, nous sommes littéralement terrorisés au fil de son témoignage, l’idée même d’explorer cet hôtel devint tout de suite quelque chose d’effrayant et d’impossible. Viktoria y raconte avoir entamé un périple à pied avec trois de ses amis en ayant comme projet de traverser l’Autriche. Partis de la ville de Innsbruck pour rejoindre Vienne, les quatre trentenaires, amis depuis longtemps, avaient cette envie folle de prendre une année sabbatique pour entamer ce parcours initiatique. Une rupture familiale et professionnelle pour se retrouver et rêver d’ailleurs, un magnifique projet. Sac à dos, tentes, kways, gourdes, chaussures de randonnée, la troupe était prête à affronter ce défi. Un voyage difficile à la fois physiquement et moralement qui était égayé par la générosité des passants qui n’hésitaient pas à leur offrir à manger ou même les inviter à dormir chez eux, des élans de générosité qui étaient un vecteur fort de motivation pour continuer à avancer. Déjà bientôt 200 kilomètres de parcourus après une bonne semaine de marche et le groupe arriva dans une ravissante ville montagneuse à la tombée de la nuit. Ils étaient trempés, usés et fatigués par cette pluie qui ne les avait jamais quittés tout au long de cette journée maudite en météo. L’objectif pour chacun était de trouver un hôtel pour pouvoir se ressourcer et récupérer physiquement de cette étape éprouvante. Malheureusement, le seul hôtel du coin était abandonné depuis bien longtemps, c’était le fameux hôtel Udo Proksch. Devant la porte fermée, la désillusion fut complète et cette journée cauchemardesque était loin de se terminer. Thomas s’aperçut très rapidement qu’une fenêtre était ouverte et s’engouffra à l’intérieur pour regarder s’il était possible d’y camper pour la nuit. Lampe torche à la main, malgré l’état de délabrement naturel, l’hôtel était relativement en bon état. Il invita le reste de la bande à le rejoindre pour continuer à visiter l’hôtel. Il faisait très froid à l’intérieur, l’humidité était trop présente au rez-de-chaussée et ils décidèrent de monter aux étages pour chercher un coin plus adéquat pour la nuit. La surprise fut totale à la découverte des chambres encore en état d’accueillir des vacanciers inattendus. Un rapide coup de main sur les taies d’oreiller et les couvertures pour balayer la poussière et les acariens trop présents pour pouvoir y dormir. Une grosse fatigue les accapara dans un sommeil profond, chacun dans leur chambre confortable.

La nuit se passa tranquillement sous le bruit berçant de la pluie caressant la façade décrépie de l’hôtel, Viktoria dormait profondément dans sa chambre d’une autre époque à la décoration kitch. Sa somnolence fut perturbée par une main lui caressant le visage et les cheveux, elle, sortant péniblement de son sommeil, découvrit en ouvrant les yeux une personne assise sur elle portant un sac plastique sur la tête avec deux trous laissant apercevoir ses yeux. Elle poussa un cri immédiatement interrompu par la main de son agresseur qui lui bloquait la bouche et il lui montra un couteau de boucher afin qu’elle se calme. En pleurs, Viktoria se laissa caresser le visage et son corps par la lame du couteau et se fit agresser sexuellement. Il lui enleva son pantalon et la pénétra en la menaçant toujours avec son arme. Dans la chambre d’à côté, Simon fut réveillé par le bruit du lit, les grincements incessants l’interpellèrent et il se demanda concrètement qui pouvait s’adonner à un tel plaisir. Il entendit de derrière la porte que les grincements provenaient de la chambre de Viktoria. Par curiosité, pour savoir qui s’adonnait à cet acte sexuel avec elle, il alla directement voir dans chaque chambre qui manquait à l’appel. Il poussa la porte de Thomas et d’Alexander et découvrit avec étonnement que les deux personnes s’y trouvaient en train de dormir. L’incompréhension fut totale, il s’avança de nouveau vers la chambre de Viktoria et ne put s’empêcher de pousser légèrement la porte pour entr’apercevoir quelque chose mais l’obscurité était totale et ne permettait pas de voir quelque chose. Simon ne comprenait pas ce qu’il se passait et retourna dans sa chambre. Assis sur son lit, il écoutait attentivement les grincements du lit de sa voisine sans savoir avec qui elle était, le questionnement réel se mêla à la curiosité. Il retourna derrière la porte de la chambre de Viktoria et toqua en demandant si elle allait bien. Le lit ne grinça plus, le silence était total. Il entendit quelques secondes plus tard quelqu’un s’approcher de la porte, elle s’ouvrit violemment et le tueur planta son couteau dans la gorge de Simon qui s’écroula immédiatement. Viktoria retira le bandeau qu’elle avait sur la bouche et hurla pour alerter Alexander et Thomas. Tirés de leur sommeil par des hurlements terrifiants, ils sortirent de leur chambre munis de leur lampe torche découvrant un homme masqué dans le couloir. Thomas n’eut pas le temps de réaliser la menace qu’il fut immédiatement égorgé. Alexander s’enferma à clé dans sa chambre et se précipita sur son téléphone pour appeler la police. Le tueur s’acharna sur la porte à coups de couteau pendant qu’Alexander était mis en attente téléphonique. Viktoria profita malgré elle de ce vacarme pour s’enfuir de l’hôtel, paniquée elle descendit au rez-de-chaussée mais la fenêtre qui leur avait permis d’entrer était maintenant totalement verrouillée. Au moment où la police prit l’appel d’Alexander, le tueur arriva à pénétrer dans la chambre après avoir éventré la porte et assassina le jeune homme sauvagement à coups de couteau dans le crane. L’agent de police au téléphone entendit la scène de meurtre en direct. Le tueur courut dans tout l’hôtel, il cherchait éperdument Viktoria qui était cachée derrière les portes de l’ascenseur. Elle l’entendait avec angoisse ouvrir toutes les portes des chambres et courir comme un fou dans le couloir. Elle se retrouvait totalement séquestrée dans cet enfer et pouvait à tout moment mourir tuée par ce sadique. La menace était de plus en plus proche, le tueur passant à plusieurs reprises devant l’ascenseur sans s’apercevoir de sa présence. Son calvaire fut interrompu par les sirènes de la Police arrivant en nombre devant l’hôtel, ayant pu localiser l’appel d’Alexander. Viktoria entendit une fenêtre se briser lorsque la Police entra dans l’hôtel. Elle fut secourue en état de choc mais ses amis n’eurent pas cette chance, tous retrouvés morts. Le tueur ne fut pas retrouvé ayant pris la fuite probablement en ayant cassé une fenêtre donnant sur l’arrière du bâtiment. Assez régulièrement la presse locale donnait des nouvelles de cette affaire et cette enquête qui n’aboutissait pas, il n’y avait strictement aucune piste qui ramenait à ce tueur masqué.

Le jus d’orange que nous buvons Marie et moi passe mal, cette histoire nous a totalement retourné et le vieil homme le remarque assez vite avec notre mine déconfite. Après avoir eu l’historique complet de l’hôtel et du récit horrifique de Viktoria, l’homme nous fait une proposition totalement inattendue. Il nous indique que si nous souhaitons explorer l’hôtel, il peut nous guider vers un accès caché menant directement dans la cave du bâtiment. Surpris, Marie et moi ne sommes plus trop chauds pour nous rendre là-bas, totalement perturbés par cette histoire qui est d’autant plus récente. Il nous explique que cet accès est possible à travers les égouts de la ville, il faut juste marcher sur une distance de 500 mètres dans les entrailles souterrains à travers la puanteur et les rats, pas de quoi nous réjouir. Motivés à l’idée de ramener des photos malgré tout, nous acceptons d’être guidés jusqu’à l’accès incongru. Il nous emmène devant une trappe qu’il soulève et nous indique la direction pour arriver devant la porte de la cave de l’hôtel. Il ne souhaite pas nous accompagner, prétextant de surveiller au cas où et préfère nous attendre à la sortie. Lampe torche à la main, étant claustrophobe, j’avance avec difficulté dans cet environnement caché. Marie est devant, me motive à avancer, mon courage s’est totalement évaporé. Arrivés devant une porte, nous la poussons avec difficulté et arrivons dans une pièce totalement inondée. Nous prenons un escalier pour nous y extirper et arrivons dans un couloir de l’hôtel, le moment est magique. Après avoir vu plusieurs photos sur internet, de voir ça en vrai est totalement jouissif. Pendant des heures, nous l’explorons de fond en comble en l’immortalisant en faisant plus de 200 photos. Au troisième étage, Marie est en train d’effectuer une photo pour prendre les escaliers vus d’en haut, c’est au moment d’actionner le bouton qu’elle aperçoit un homme sortir d’une porte et s’en aller en courant. En stress, elle m’avertit qu’elle a vu quelqu’un se cacher dans l’hôtel, par prudence et par peur nous décidons de partir discrètement de l’hôtel en rejoignant la cave. Devant la porte menant aux égouts, nous découvrons au sol un sac plastique blanc avec deux trous, nous sommes certains qu’il n’y était pas en arrivant. En sortant, aucune trace du vieil homme. Nous partons de cette ville avec une adrénaline jamais connue jusqu’alors.

  • Happy halloween et bonnes vacances à Bad Gastein !

  • Davy Deniau

    Wahhhh juste sublime, magnifique, magique… Quelle ambiance !!!!

  • Clémiche De Pain-d’mie

    Des frissons, l’article, les photos, vous avez eu un sacré cran !
    Quelques fois ça aurait même pu faire un bon scénario de film d’horreur
    Chapeau bas !