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Hotel Oleg Naumov

Heureusement que nous avions un GPS avec les coordonnées précises pour trouver l’Hôtel Oleg Naumov. Arrivés dans cette ville montagneuse qui nous offre un panorama assez triste, une centrale thermique en ruine prédomine, de grandes barres d’immeubles insalubres et un centre ville fantôme, c’est loin d’être l’endroit idéal pour passer ses vacances. Pour accéder en voiture à l’hôtel, on se perd un peu dans les indications, on se retrouve en plein milieu de cette cité HLM au climat inquiétant. Nous sommes regardés, scrutés, comme si nous avions rien à faire ici, ce n’est pas le moment de tomber en panne. On monte la route d’une colline abîmée par le temps, elle n’est pas entretenue depuis certainement la fermeture de l’hôtel car c’est le seul accès pour y arriver.

Nous y sommes enfin, l’hôtel est toujours là malgré une vingtaine d’années d’abandon. Nous faisons le tour à pied pour trouver une entrée et nous voilà à l’intérieur grâce à une porte fracturée. L’intérieur est très humide, en plein mois de juillet, nous avons bien froid et nous sommes en tee-shirt, de quoi être à l’aise pour faire cette exploration.

Quatre étages de moisissures, de champignons, de peintures qui s’effritent et d’un escalier central en bois en totale perdition. L’air n’est pas très respirable, les odeurs sont fortes mais la qualité photographique des lieux nous fait vite oublier ces petits aléas. Des chambres entières recouvertes de moisissures, repeintes intégralement en vert naturellement, le contraste est saisissant. On retrouve de vieux mobiliers, des machines à écrire, des matelas souillés par la poussière et des araignées.

Après presque une heure d’exploration, nous entendons du bruit à l’extérieur, en alerte, en regardant par la fenêtre, on aperçoit une bande de personnes roder autour de notre voiture, ils essayent d’ouvrir les portes, la situation nous échappe. J’ouvre la fenêtre et leur crie que c’est notre voiture, les cinq hommes lèvent la tête, nous regardent et se dirigent en courant à l’intérieur de l’hôtel. Pris de panique, nous partons en courant sans savoir où aller, on les entend monter en courant dans les escaliers, pas le temps à la réflexion, nous nous cachons dans l’armoire d’une chambre. Tremblants, la peur nous accapare, nous sommes pris au piège. Marie en chuchotant appelle la police et leur indique que nous sommes cachés dans cet hôtel désaffecté et que nous sommes attaqués, on nous demande de bien rester cachés et ils nous assurent qu’ils vont vite arriver. Des minutes d’attente longues car on entend la bande ouvrir les portes de toutes les chambres, ils hurlent qu’il vont nous tuer, on ferme les yeux, on s’imagine ailleurs, loin d’ici, loin d’eux.

Ils arrivent à notre étage, les pas se rapprochent, ils cassent tout sur leur passage, des vitres, des portes, la pression nous paralyse. La sirène de la voiture de police nous délivre du mal, sans avoir eu le temps de mettre en action leurs intentions, nos agresseurs s’échappent. Nous sortons de l’armoire sous le choc et descendons les marches pour rejoindre la police. Loin d’avoir face à nous une autorité compréhensive, ils nous indiquent que nous sommes en tort d’avoir voulu rentrer ici sans autorisation et contrôlent notre identité pour avoir pénétré dans une propriété privée. Notre calvaire n’est finalement pas fini. Ça n’ira pas plus loin qu’une leçon de morale. En guise d’adieu, un agent nous indique qu’il est très dangereux de roder à côté de cette cité HLM et que c’est cette proximité qui a tué cet hôtel. Nous reprenons la voiture, encore sonnés par cette expérience.

Depuis cet événement, je me suis documenté sur l’histoire de cet hôtel et c’est là que j’ai découvert toute l’horreur qu’il a subi en 1996. Cette année là, en pleine saison touristique, l’hôtel, comme d’habitude, affiche complet avec ses 52 chambres, un miracle dans cette ville plongée dans l’insécurité depuis plusieurs années. Sa réputation de ghetto, elle s’est construite à cause de l’actualité quotidienne de cette cité HLM qui pourrit la vie de toute une ville. Drogue, agressions, violences, depuis sa construction en 1982, cette cité d’une dizaine de tours de trente étages fait contraste avec le reste de la commune pavillonnaire. Un projet politique irresponsable de communautariser une population défavorisée et violente. Une véritable ville dans la ville. L’alchimie n’a jamais eu lieu et cette hérésie est une bombe à retardement.

C’est l’hôtel Oleg Naumov qui fut la victime collatérale de ce projet fou, la cité fut construite à 500 mètres, de quoi tuer le paysage et faire fuir les touristes. Le directeur de l’établissement n’a jamais baissé les bras et a toujours su développer son affaire en y aménageant des piscines luxueuses et autres équipements pour contrebalancer avec ce fardeau.

De jour en jour, la cohabitation entre tourisme de luxe et cité défavorisée ne fait pas bon ménage. Des bandes de jeunes squattent la piscine, vandalisent les voitures des clients, les agressent également et cela favorise un climat lourd et malsain. L’hôtel devient peu à peu une véritable forteresse avec un mur de 3 mètres avec barbelés et plusieurs caméras de surveillance qui entourent la propriété. Des agents de sécurité s’occupent de filtrer les voitures et les clients arrivant à l’hôtel, une atmosphère lourde mais qui rassure la clientèle et qui reste fidèle à l’établissement.

Le 17 Juillet 1996 à 10h34, une énorme explosion retentit dans toute la ville, c’est la centrale thermique à charbon qui brûle, les sirènes hurlent, c’est la panique dans la rue, il n’y a plus d’électricité, aux alentours de la centrale, les maisons sont éventrées par la puissance de l’explosion, il y a des corps inertes au sol, c’est le chaos le plus total. Peu à peu, la ville sombre dans l’obscurité, des nuages de pollution, de charbon recouvrent toute la ville. On ne voit plus rien, un tombeau à ciel ouvert. Dans le ciel, on entend les hélicoptères survoler la ville. Sans moyen de communication, sans rien, les habitants sont pris au piège. A l’intérieur de l’hôtel, les touristes sont en panique, les gens pleurent, crient, une situation de crise ingérable. Les heures passent et la situation ne s’arrange pas, il n’y a toujours aucune visibilité ni aucune information, chaque habitant doit se résoudre à survivre par ses propres moyens. Le directeur de l’hôtel, équipé d’un poste radio à pile, se tient au courant de la situation, aux informations ils soulignent l’importance des dégâts et de ne pas sortir à l’extérieur car l’air est totalement irrespirable. Personne ne trouve le sommeil, chacun désespère de trouver une issue à ce calvaire dont ils ne connaissent pas encore la gravité des conséquences.

Le lendemain, distribution de nourriture dans l’hôtel, tous les aliments sont rationnés, le strict minimum est donné aux clients, une biscotte, de la confiture et de l’eau, il n’y a aucun moyen de faire la cuisine. Les pompiers ont réussi à stopper l’incendie de la centrale, ça sera la seule bonne nouvelle car à côté, une autre menace arrive. Profitant du chaos, une grande partie des habitants de la cité envahissent la ville pour piller les maisons et les magasins. Les agressions et les meurtres se multiplient dans une totale impunité. A la radio, l’information circule vite et met en garde la population de se protéger au mieux et de condamner les fenêtres et portes pour éviter de se faire attaquer.

A l’hôtel, l’information est prise en compte et les agents de sécurité sont positionnés devant la porte d’entrée. Tous les volets sont clos, les portes verrouillées, c’est un véritable bunker prêt à défier toutes menaces. En pleine nuit, des lampes torches illuminent l’hôtel, alerté par les agents de sécurité, le directeur de l’établissement se précipite et grimpe sur le toit terrasse et découvre une centaine de points lumineux entourant l’hôtel, il y a une masse de personnes prêtes à attaquer, la nuit sera longue. Les clients sont réveillés en sursaut par des gros bruits au rez-de-chaussée, dans le noir, ils descendent les escaliers et demandent ce qu’il se passe, l’hôtel est attaqué par plusieurs personnes. A l’extérieur, à coups de hache, de marteaux et autres outils, les volets sont déchiquetés, les fenêtres sont brisées les unes après les autres, les touristes essayent de se cacher par tous les moyens, les agents de sécurité ne peuvent rien faire contre cette bande de pillards prêts à tuer. A peine à l’intérieur, tout est cassé, le directeur décapité, les agents de sécurité poignardés, ils seront peu à survivre à ce carnage, certains ont réussi à s’échapper dans le noir en direction des sirènes des pompiers au loin mais le constat est effroyable. 48 heures plus tard, le ciel réapparaît, les nuages de charbon disparaissent petit à petit et la ville se montre agonisante, sans espoir de revivre. Dans les rues imbibées de sang, les cadavres jonchent le sol au milieu de voitures en flamme, une scène apocalyptique.

Malgré plusieurs années d’enquête, il n’y aura aucune inculpation pour tous les crimes et agressions commises par manque de preuve, les coupables sont toujours en liberté et la ville ne se relèvera jamais de ce drame. Les trois quarts des commerces et hôtels n’ont jamais été réouverts et ont été détruits. Comme seul rescapé de cette nuit d’horreur, l’Hôtel Oleg Naumov, faisant office de mémorial, en friche du carnage.

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#16 Actuellement une de nos plus belles explorations de ce roadtrip. #urbex #roadtrip2016 #hotel #germany #abandoned

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  • Alpha 5.20

    une chambre