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Chateau Samsonova

Explorer le Château Samsonova, c’est rentrer dans l’intimité du dernier habitant de cette magnifique demeure, Marcel. La vieillesse et la solitude l’ont conduit à partir pour le grand voyage sans dernier adieu. Oublié de tous, sa mort ne laissa aucun chagrin, aucun manque, il ne reste de sa vie que son château et toutes ses affaires y compris sa belle Mercedes prête à partir.

A travers les nombreuses pièces, on retrouve toute la vie de Marcel, qu’on pourrait reconstituer avec toutes les photos anciennes, les notes écrites, les factures, un véritable puzzle passionnant. Une épluchure du passé qui nous interroge sur les circonstances d’un tel isolement. Un homme qui avait d’apparence réussi sa vie professionnelle en prenant possession de ce magnifique château, une famille nombreuse au vu de toutes les photos trouvées.

Divorcé, veuf, différend familial… on ne saura jamais vraiment les raisons mais en même temps nous ne les cherchons pas vraiment, il y a cette décence qui nous limite à fouiller dans toutes les affaires, laissant travailler notre imagination. Les seules choses que nous trouvons de sa vie, ce sont les feuilles et les photos errantes dans le château, dispersées un peu partout comme un jeu de piste.

Riches en objet, nous trouvons un piano, un vieux landau, des machines à écrire, de magnifiques fauteuils, des tapisseries d’époque, une vraie maison témoin d’après guerre.

Situé en plein centre d’un village français, les habitants veillent à ce que le château ne soit pas vandalisé ni pillé même si, malgré tout, des dégradations ont déjà eu lieu. Nous partons d’ici en ayant une pensée particulière pour Marcel, en espérant que sa mémoire ne soit pas malmenée par le temps et les gens malveillants.

Sur la route du retour, mal à l’aise de laisser une telle richesse sans protection, je fais part à Marie de mon ressenti et lui demande de faire demi-tour immédiatement. Nous ne pouvons pas faire preuve de lâcheté et abandonner Marcel une seconde fois. Nous décidons alors de barricader le lieu. De mémoire, nous savons que de gentils urbexeurs ont eu, par le passé, des problèmes avec la gendarmerie car ils avaient décidé de condamner les accès d’une maison abandonnée, en espérant qu’une telle mésaventure ne nous arrivera pas.

Nous sommes dans un magasin de bricolage et optons pour les grands moyens. Nous achetons plusieurs sacs de ciment avec une centaine de parpaings, louons une remorque et une bétonnière, nous ne regardons pas à la dépense pour cette bonne action.

Sur place, notre petit manège ne passe évidemment pas inaperçu et des voisins nous interpellent assez rapidement. Nous leur expliquons que nous sommes des urbexeurs responsables et que nous entamons une protection totale du lieu. D’abord interloqués par notre projet qui détonne par sa bienveillance sortant de l’ordinaire, ils nous ont rapidement donné leur confiance et se sont proposés pour faire venir d’autres personnes et nous aider. Cet élan de solidarité s’est traduit par une centaine de villageois qui ont, parpaing après parpaing, protégé le château. Un moment inoubliable.

Le maire de la commune nous a rejoint également pour nous informer qu’il allait voter un budget dédié à la protection du château avec caméras de surveillance, détecteurs de mouvement à infrarouge et mobiliser un agent de sécurité privé avec une présence 24h/24 7j/7. Jamais nous aurions imaginé une telle répercussion de notre action. Sans aucun doute, de là haut, Marcel doit nous remercier et être heureux de voir notre humanité.

Maintenant, le lieu n’est évidemment plus accessible pour les urbexeurs également mais je ne doute pas qu’ils comprennent totalement notre démarche.

A la mémoire de Marcel.