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Château Rodney Alcala

Devant ce château encore en merveilleux état, nous fûmes subjugués par sa beauté persistante malgré le fait qu’il soit à l’abandon depuis déjà de nombreuses années. Dans le domaine, il subsiste encore un pigeonnier et un bâtiment totalement carbonisé dans lequel il ne reste plus rien. Une ruine lambda qui nous interpella, on ne sait pas pourquoi mais cette friche nous a mis mal à l’aise. Sur place, avec nos téléphones, nous avons fait quelques recherches sur le château et nous avons découvert que son histoire est terrifiante.

C’est depuis 2006 plus précisément que le château est à l’abandon, une désaffectation contrainte et forcée par les habitants du village. Ce domaine a eu plusieurs vies, il fut construit par une riche famille d’industriels en 1926 et fut revendu en 1970 à une société pétrolière qui y organisait des séminaires. C’est à partir de 1992 qu’il fut délaissé et investi par des squatteurs, sa lente agonie commença ainsi. Les habitants du village déplorèrent cette hécatombe patrimoniale du seul élément qui faisait la fierté de leur commune. L’Etat Français arriva à son secours pour le réhabiliter dans l’optique d’en faire un centre d’accueil pour jeunes en difficulté, une sorte de centre d’insertion. Une nouvelle que les habitants prirent très mal et ils regrettèrent finalement de ne pas voir l’édifice dépérir tranquillement. Des pétitions circulèrent pour bloquer le projet mais les travaux commencèrent avec la construction d’un bâtiment annexe censé être le dortoir des nouveaux arrivants, le château servant dorénavant comme lieu d’enseignement et de discipline. Lundi 5 septembre 2015, le préfet de région accompagné du maire du village et de responsables associatifs inaugurèrent ce nouveau lieu de vie sous les hués des habitants. Plusieurs bus arrivèrent devant le château pour déposer une cinquantaine de jeunes venus de la banlieue parisienne, la quiétude du village était à tout jamais bouleversée. Les personnes âgées du village furent mises en garde et on leur demanda de s’enfermer à clé, de faire attention à leur affaires et d’éviter de se balader avec des objets de valeur, la psychose et le sentiment d’insécurité s’abattirent violemment sur cet endroit qui n’avait connu jusque là que des vols anecdotiques de poules.

Ce centre d’insertion n’était pas un endroit fermé, ce n’était pas une prison, les jeunes avaient la possibilité d’en sortir et d’aller dans le village comme bon leur semblaient. Ce qu’ils firent… A travers les rideaux fermés de leurs fenêtres, les habitants du village voyaient des racailles arpenter les rues étroites en train de fumer et parler fort, squattant le seul bar, affalés sur la terrasse en observant les villageois comme de possibles proies. Les prédateurs étaient lâchés dans la nature. Se sentant menacés, une milice fut mise en place par les habitants pour faire des rondes armés de leurs fusils, composée de chasseurs, d’ouvriers et même de mères de famille souhaitant protéger leurs enfants. Jadis, en semaine, à 16h30 ils pouvaient rentrer de l’école chez eux à pied mais par précaution, une navette de bus fut mise en place pour les raccompagner juste pour parcourir une centaine de mètres, un climat réellement pesant. Il ne fallut que quelques jours pour que les premiers cambriolages aient lieu, sans surprise et prévisible pour ces habitants ayant averti les autorités à plusieurs reprises de cette menace. La tension entre les villageois et les racailles devint très tendue, insultes, bagarres et menaces de mort, l’intégration était un échec total. Malgré cela, l’Etat persistait et signait à maintenir le centre en disant vouloir y mettre plus de moyens et de surveillance pour éviter ce genre de dérapage, une déclaration qui ne calma aucun esprit. Des mots qui ne rassurèrent pas également ces femmes se plaignant d’être harcelées sexuellement par ces mêmes jeunes. Les nuits devinrent longues et éprouvantes, par peur d’être cambriolés pendant leur sommeil, les gens veillaient derrière leur porte en écoutant le moindre bruit suspect et observant attentivement ces jeunes racailles paradant dans les rues pour se moquer de ces gens terrorisés. En guise de provocation, ils lancèrent des cailloux pour briser les vitres, détériorèrent les voitures sans que la police ne se déplace malgré des appels insistants et répétés.

Face à cette complicité passive des autorités et du silence pesant des médias, les habitants n’eurent comme unique solution que de passer eux aussi à l’attaque et à la résistance pour tenter de retrouver leur village d’antan. En état de siège, ils s’armèrent tous comme ils pouvaient, armes à feu, couteaux, tronçonneuses, un vrai arsenal se mit en place pour reconquérir leur vie perdue. C’est comme cela que commencèrent les premières ratonnades. Un jeune parti s’acheter des cigarettes au bureau de tabac fut prit à partie en se faisant tabasser violemment à en perdre conscience. Une horde de villageois s’acharnèrent sur lui à coups de pied violents sur son visage, Moussa fut totalement défiguré. Transporté d’urgence à l’hôpital entre la vie et la mort, il fut plongé dans le coma pour tenter de le sauver. Un acte sauvage et inhumain qui fut repris par la presse. Le village fut montré du doigt dans toute la France pour sa xénophobie et son intolérance. Des marches blanches eurent lieu dans la commune en hommage à Moussa, portées par des associations anti-racistes et des représentants du gouvernement. Lors d’une déclaration solennelle à la presse, le préfet de région promit de mettre les moyens nécessaires pour retrouver et condamner ces assassins. Pendant plusieurs jours, une grande présence policière fut mise en place au village et au centre d’insertion pour éviter des émeutes car les jeunes avaient la volonté de venger leur ami Moussa. Il y eut même un hélicoptère qui survola la commune pour observer tout comportement suspect, l’endroit si paisible était devenu une banlieue sensible. Pour endiguer cette violence et ces provocations qui pourrissaient le climat, une décision fut prise après avoir identifié les meneurs de cette protestation populaire. Huit familles du village furent expulsées manu militari de leur maison en les évacuant pour les reloger dans des appartements d’une grande ville voisine, à 25 kilomètres, avec l’interdiction de revenir au village, ce qui les obligèrent à scolariser leurs enfants ailleurs et à trouver un autre travail. Une décision radicale mais censée ramener le calme dans le village. Quelques jours plus tard, les maisons évacuées furent pillées en plein jour par les jeunes et furent incendiées. Les rares personnes qui tentèrent de s’interposer dans ce carnage furent agressées à leur tour. La montée de violence était irréversible.

Pour l’un des expulsés, l’incendie de sa maison fut l’attaque de trop et sa vengeance fut à la hauteur de son préjudice. Avec l’un de ses fils âgé de 28 ans, au volant de sa jeep, il tourna dans les rues du village pour trouver une potentielle victime. Devant lui, de dos, marchaient deux jeunes, en quelques secondes, en accélérant à toute vitesse, il fonça délibérément sur eux en les projetant à une dizaine de mètres. Les deux hommes sortirent de leur véhicule et traînèrent les corps des deux victimes pour les charger dans le coffre sous les yeux ébahis de quelques badauds faisant leurs courses dans l’épicerie. A semi conscient dans le coffre, agonisant avec leurs jambes brisées, ils hurlèrent de douleur et frappèrent comme ils pouvaient contre la carrosserie pour sortir de ce cercueil improvisé. Après quelques kilomètres, le véhicule s’arrêta et le coffre s’ouvrit, les deux jeunes furent sortis violemment et jetés à terre comme du vulgaire bétail. Ils se trouvaient dans un grand parking désert d’une usine désaffectée. A l’aide de deux chaînes métalliques, ils furent accrochés au niveau des pieds et attachés à la voiture. Les deux bourreaux profitèrent de leur position pour uriner sur les visages des victimes et remontèrent dans leur 4×4. Ils démarrèrent et traînèrent les corps des jeunes à même le bitume, les crânes se fracturaient un peu plus à chaque crissement de pneu. Une vraie scène de torture insoutenable. Leurs habits déchirés et leurs peaux toutes rongées par la route, les deux êtres moururent dans un bain de sang. Un véritable trophée d’honneur pour le patriarche bafoué, il alla parader dans les rues du village avec les deux cadavres accrochés derrière son véhicule. Une véritable liasse populaire les acclama comme des héros, approuvant ce geste libérateur. Les corps furent détachés pour être installés devant la mairie comme des symboles. Les deux protagonistes assumèrent leur acte et allèrent eux-mêmes à la gendarmerie pour se porter prisonniers, accompagnés par les habitants du village les applaudissant sans discontinuer sous le chant des partisans. La nuit ne calma pas les esprits, une cinquantaine d’habitants armés de bidons d’essence et de fusils marchèrent vers le dortoir des jeunes et l’incendièrent dans la plus grande des discrétions, le centre fut entièrement imbibé d’essence et prit feu à grande vitesse, des jeunes essayèrent de s’enfuir par les fenêtres mais ils se firent tirer dessus, ils n’avaient aucune chance, aucun échappatoire. Un vrai carnage. Les pompiers arrivèrent rapidement sur les lieux mais il n’y avait plus grand chose à faire, à sauver, les rares survivants étaient brûlés au troisième degré comme si la mort ne voulait pas d’eux. Malgré une enquête minutieuse, les coupables ne furent jamais vraiment identifiés, le silence collectif du village les protégeait. La finalité de ce drame fut la fermeture définitive du centre d’insertion et l’abandon du château. Une horreur. Et Moussa ne se réveilla jamais de son coma, il s’ajouta à la longue liste des victimes.

  • Serena

    Magnifique !

  • Alexis Desbois

    un très joli chateaux mais l’histoire est vraiment incroyable on peine a croire qu’il s’y est passé tant de chose que ça en + on ne voitplu tellement les trace de fumé mais ou se trouvent til se chateau ?