logo

Asile Mala Valera

Il y a des rumeurs qu’on entend et des témoignages qu’on lit toujours avec réserve à propos des lieux abandonnés, sur leur probabilité qu’ils soient hantés, dangereux ou surveillés. Nous, on ne fait jamais attention à tout ça sinon on ne ferait rien mais ce qu’ont vécu trois explorateurs dans cet asile nous a mis une certaine pression. Venus de France comme nous, Antoine, Guillaume et Mathieu ont parcouru des centaines de kilomètres pour explorer cet asile abandonné. Il se trouve en plein cœur d’une ville italienne, on ne peut pas le rater, c’est un bâtiment massif, son abandon ne trompe personne, ses façades décrépies, ses vieux barreaux rouillés aux fenêtres et ses vieilles inscriptions sur les murs nous ramènent un bon siècle en arrière.

L’accès à l’intérieur de l’asile n’est pas facile, les portes sont lourdement condamnées, les entrées murées, il faut jouer d’inventivité et de persévérance pour pénétrer dedans. Derrière le bâtiment désaffecté, il y a un jardin public, discrets malgré les trépieds et les sacs à dos, les trois explorateurs font mine de s’intéresser aux arbres du parc en guettant les accès possibles de l’asile. Guillaume remarque qu’il manque deux barreaux à une fenêtre du sous-sol, chacun leur tour ils passeront tant bien que mal à travers cette misérable entrée pour arriver dans cette cave lugubre, totalement sombre, à l’aide de leurs lampes torches ils marchent en cherchant une issue. Le plafond est bas, obligés d’avancer têtes baissées, ils désespèrent peu à peu de ne trouver que des portes menant à des pièces closes. Au fond de la cave, ils remarquent un tunnel étroit servant à faire passer divers tuyaux, motivés, rampant au sol et se laissant glisser sur les tuyaux pendant une centaine de mètres ils arrivent enfin à l’intérieur de l’asile. Tout est d’époque, il y a au moins une trentaine d’années que les patients ont déserté l’endroit en y laissant beaucoup d’effets personnels et de matériels. Les trois jeunes hommes ne sont pas surpris de leur découverte car ils avaient vu à plusieurs reprises les photos de l’asile sur internet et c’est d’ailleurs grâce à celles ci qu’ils ont pu trouver l’endroit, grâce à des petits indices éparpillés, un travail de longue haleine enfin récompensé.

Des heures entières à déambuler dans ses longs et hauts couloirs impressionnants, les rayons du soleil passant par le patio illuminent l’asile de l’intérieur en lui donnant de belles couleurs vives, des ingrédients qui ont de quoi épanouir tous les photographes du monde.

Au bout de quatre heures d’exploration, les cartes mémoires pleines de photos, ils décident de quitter les lieux. Ils sont obligés de reprendre exactement le même chemin car pendant toute leur visite ils n’ont jamais vu d’autre issue, ils vont devoir bon gré mal gré repasser par la cave.

De retour dans ce tunnel, lampes torches à la main, les uns après les autres, toujours à ramper sur les tuyaux, ils partent de l’asile. Après dix minutes, ils ont la sensation bizarre que le chemin du retour est beaucoup plus long qu’à l’aller, ils continuent à avancer en se demandant s’ils ne se sont pas trompés de tunnel. Au bout de vingt minutes, ils n’ont plus aucun doute, ils ne sont pas passés par là tout à l’heure, le stress et la claustrophobie commencent à s’emparer de chacun. Mathieu insiste pour faire marche arrière tandis que ses deux amis ont envie de continuer en pensant que le tunnel débouchera bien sur quelque chose. Chacun restant sur ses positions, Antoine et Guillaume continuent de ramper dans le tunnel tandis que Mathieu se précipite pour sortir de ce tunnel devenu trop étouffant pour lui. Déjà bientôt un kilomètre de parcouru dans cette galerie souterraine, la respiration étant de plus en plus difficile, ils se retrouvent dans une situation alarmante. D’un seul coup, la lampe torche d’Antoine ne brille plus, elle ne marche plus, elle a rendu l’âme. Plongé totalement dans le noir, ils sortent leur téléphone portable pour éclairer péniblement le tunnel. De plus, à l’intérieur de cet asile, aucun téléphone ne capte le moindre réseau pour pouvoir appeler les secours.

Mathieu, seul à déambuler dans l’asile, essaye d’ouvrir toutes les portes, il tente sa chance partout mais cet endroit s’avère être une forteresse, chaque fenêtre est soigneusement fermée avec des barreaux et les portes sont murées. Il court sans avoir où aller, il fait le tour plusieurs fois, la folie le guette. Il crie au secours en frappant les portes en espérant qu’un passant l’entende.

Ses deux amis s’enfoncent toujours autant dans les entrailles de l’asile, une mauvaise odeur leur provoque des vomissements, avec les lumières de leur téléphone ils aperçoivent des cadavres d’animaux en décomposition, des chats, des chiens, c’est un véritable charnier. Pour continuer leur progression, ils sont obligés de ramper sur ce spectacle de l’horreur. Sans fin, c’est un cauchemar sans fin, il n’y a véritablement aucune issue à ce tunnel, aucun débouché, l’angoisse est vraiment pesante, ils hurlent au secours, appellent à l’aide, leur ami Mathieu est loin de les entendre.

Les heures passent et la nuit tombe, la situation est restée la même. Mathieu s’interroge avec inquiétude sur le sort de ses deux amis, il est certain qu’il aurait été sauvé d’ici s’ils avaient réussi à trouver un échappatoire. Il passera la nuit à crier, à pleurer, à tourner en rond et à illuminer les couloirs sans fin avec sa lampe torche.

Au petit matin, il essaye de se remémorer exactement le chemin qu’ils ont utilisé pour rentrer dans l’asile et tente de trouver le bon tunnel. Avant de pénétrer une nouvelle fois à l’intérieur, Mathieu crie le nom de ses camarades, sans réponse. De nouveau en train de ramper, il n’a pas le choix, ne supportant plus cette sensation d’être emmuré vivant.

Pendant des centaines de mètres, d’un rythme effréné, il avance rapidement dans le tunnel en criant régulièrement le prénom d’Antoine et Guillaume. Il passe, répugné, sur les cadavres des animaux et continue à avancer. Deux heures après, au loin, avec sa lampe torche, il distingue une masse allongée dans le tunnel, il s’y approche avec précaution et découvre horrifié le corps de Guillaume, éventré, les tripes à l’air, un vrai carnage, il ne comprend pas ce qu’il se passe, totalement tétanisé, tout tremblant, il continue à avancer dans le tunnel en abandonnant le corps de son ami.

Désespéré il continue à avancer et aperçoit enfin, étonnamment, la sortie du tunnel, il pénètre dans une autre cave, impressionnante avec ses voûtes rouges vives, il y a pleins de portes fermées, il s’adonne à les ouvrir une par une en sachant que se trouve ici sa dernière chance de survie. En ouvrant l’une d’elle, il découvre allongé dans une ancienne salle d’autopsie, le cadavre de son ami Antoine se faisant dévorer par plusieurs personnes, ils distinguent des gens d’un autre temps, de vieilles personnes au teint pâle bien trop occupées à dévorer leur proie sans s’apercevoir que Mathieu les observe. Il se précipite pour trouver une issue à ce cauchemar et découvre une échelle permettant de sortir de la cave. Il y grimpe sans hésiter à vive allure et se retrouve sous une plaque en métal, lourde, de toutes ses forces il la soulève et s’aperçoit qu’il se trouve dans une rue déserte, au moment de sortir, les personnes de la cave le rattrapent par les jambes en le mordant et lui arrachant des bouts de chair à pleine bouche, il hurle de douleur et se débat tant bien que mal pour les repousser avec ses jambes ensanglantées. Il arrive à sortir de la cave et referme immédiatement la plaque de fer. Il rampe au sol, sans force. Un passant l’aperçoit et vient au secours du jeune homme en le tirant de cet enfer. Il sera emmené directement à l’hôpital en urgence où il recevra des premiers soins pour le soulager de ses douleurs et de sa déshydratation. Toute cette histoire, il la racontera à une infirmière qui l’écoutera avec attention. Elle, sans trop croire à ces histoires de cadavres et de tueurs cachés dans l’asile, fait tout de même mine de le comprendre. Le soir, quand elle reviendra emmener à manger à ce patient agité elle découvrira une chambre vide, Mathieu avait disparu sans laisser de traces et on ne le retrouvera jamais, tout comme les corps d’Antoine et Guillaume après une fouille minutieuse de l’asile par les autorités.

Quand à Marie et moi, notre exploration de l’asile c’est plutôt bien passé. On est passé par une porte ouverte en évitant soigneusement le tunnel du sous-sol, on ne sait jamais.